Nicolas Sarkozy est-il en train de perdre irrémédiablement l’élection présidentielle d’avril prochain? Il y a toutes les raisons de le croire, c’est-à-dire ici de le craindre et là de l’espérer. Raisons que l’on peut résumer de cette manière: depuis deux mois, Nicolas Sarkozy et ses soutiens, instrumentalisant sans aucune retenue et à leur avantage tous les événements qui passaient à leur portée, faisaient preuve d’un activisme offensif aussi efficace que destructeur, tandis que la gauche socialiste et son candidat François Hollande multipliaient les couacs, les confusions et les contre-performances.
Le président de la République aurait donc logiquement dû s’envoler et son adversaire socialiste s’effondrer. Il n’en fut rien. Hollande s’est effrité, mais Sarkozy n’a pas décollé. Comme si une tonne de chewing-gum crachée sous ses pieds le scotchait au sol. Les déçus de Hollande ne se sont pas reportés sur lui, mais sur Marine Le Pen ou François Bayrou.
Or voilà que Nicolas Sarkozy et ses partisans, hier si professionnels, multiplient les boulettes, accumulent les faux pas, tandis que François Hollande, à la surprise générale, devient mobilisateur, fédérateur et même – eh oui! – presque énergique.
N’exagérons rien: il n’est devenu ni un phénix jauressien de l’art oratoire ni un cador mendésiste de la cohérence programmatique. Mais à l’avoir trop décrit comme un «capitaine de pédalo», dès lors qu’on découvre qu’il est tout à fait capable de conduire un cargo à bon port, il finit par apparaître comme l’amiral Nelson de cette nouvelle bataille navale.
Quant à la Sarkozie, elle ne coule pas. Ou pas encore. Mais déjà elle écope.
Un jour – bien que les grands médias soient restés très discrets sur le sujet –, on s’avise que notre intervention en Libye est en train de déboucher, comme prévu, sur le chaos. Le lendemain, des déconvenues en série en Afghanistan amènent nos gouvernants à annoncer: le lundi, que l’on va se retirer incessamment de cette sale guerre et, le mardi, qu’il n’en est pas question et que l’on va rester. Le président se rend-il en Guyane, confetti amazonien, que le jour même deux bandes rivales s’entretuent, dix morts, mais qu’on ne peut pas se porter au secours des blessés parce que les hélicoptères ont été mobilisés pour la visite présidentielle. Le patron des services secrets est accusé de pratiquer des écoutes illégales pour le compte du chef de l’Etat dont il est un intime; un procureur, lui aussi proche de l’Elysée, est mis en examen pour espionnage de journalistes; on découvre qu’un véritable complot a été ourdi au sein de la police des polices pour écarter des responsables jugés trop proches de la gauche; l’ex-ministre du Budget et ex-trésorier de l’UMP, Eric Woerth, est convaincu d’avoir bradé une parcelle du domaine national. Et, le drame intime s’ajoutant à la scoumoune, l’épouse du ministre sarkozyste le plus prometteur est retrouvée pendue à son domicile.
Or, pour tenter d’échapper par le haut à cette sale ambiance, et tandis que le ministre du Travail annonce une inéluctable progression du chômage dans les mois à venir, Nicolas Sarkozy sort de son chapeau deux propositions qui jettent la consternation au sein de ses propres troupes: une taxe sur les transactions financières que la France serait prête à appliquer seule, alors qu’il avait lui-même, deux mois plus tôt, déclaré absurde et ruineuse cette hypothèse. Et une TVA dite bizarrement «sociale» alors qu’elle consiste, en vérité, à faire payer par tout le monde, y compris donc par les chômeurs et les retraités, sous forme de taxe à la consommation, les charges patronales qui reposaient jusqu’à présent sur les entreprises.
Sarkozy sera peut-être malgré tout réélu. Mais, dans ce cas, il méritera de figurer au Guinness des records dans le domaine de l’improbable.
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