Méchant paradoxe. Sauvée par la Confédération, UBS n’a pas sombré. Mais c’est le Gouvernement suisse, sommé de jouer les pompiers après que d’autres eurent joué les apprentis sorciers, qui est en train d’imploser.
On a ainsi appris que Moritz Leuenberger et Doris Leuthard se sont opposés en février 2009 à la livraison des noms de clients UBS au fisc américain via la FINMA (l’autorité de surveillance des marchés financiers). Les deux conseillers fédéraux, juristes, ont souligné l’illégalité de la procédure. Peine perdue. La majorité du collège, sommée de choisir entre la peste et le choléra (le recours au droit d’urgence controversé ou le risque d’un magistral désaveu en cas de recours), a préféré l’option dilatoire. Toujours cette manie de vouloir gagner du temps, plutôt que d’assumer crânement l’urgence, de gouverner avec fermeté.
Cette énième fuite sonne tel un sauve qui peut. Elle signale que le doyen du collège, Moritz Leuenberger, est certes un peu plus intelligent que les autres, mais qu’il n’assume plus ce qui se passe, et que son expérience ne sert pas à grand-chose, puisqu’il n’est même pas écouté sur des dossiers cruciaux. Cruel tableau.
La sortie de cette crise politicofinancière sans fin, initiée par les errements d’UBS, passe vraisemblablement par l’instauration d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP), un exercice d’investigation et de transparence autant qu’une psychothérapie nationale. Seul le Parti libéral-radical s’y oppose encore, redoutant d’être contraint de lâcher Hans-Rudolf Merz. Honorable souci, mais erreur de perspective. Car c’est Merz qui a lâché la Suisse depuis longtemps, par son incompétence, sa pathétique et encombrante bonne volonté, sa naïveté, son absence de lucidité sur ses propres carences.
La CEP de 1989 avait fait suite à la démission d’Elisabeth Kopp. Un certain Moritz Leuenberger en avait alors profité pour traquer les menues défaillances de la dame avec une joie mauvaise, sans susciter beaucoup d’états d’âme ou de cris d’indignation chez les radicaux. Sûr que si Merz était une femme, il aurait déjà été abandonné par son parti.
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LA MANIE DE VOULOIR GAGNER DU TEMPS PLUTÔT QUE DE GOUVERNER CRÂNEMENT.
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