Dans les cuisines déglinguées du Département de la défense, le Bernois Samuel Schmid mijoterait-il encore une surprise? Depuis son départ à Londres pour former les cadres de la Deutsche Bank, on considérait que l’ancien divisionnaire Ulrich Zwygart était définitivement hors course pour occuper la tête de l’armée. Mais il a été vu au Palais fédéral fin octobre, ce qui alimente les spéculations. En nommant ce réformiste, le conseiller fédéral ferait un pied de nez audacieux à ses anciens «amis» de l’UDC.
Depuis le départ chaotique du chef de l’armée Roland Nef en août dernier, Samuel Schmid lui cherche un successeur. Objectif: le proposer au Conseil fédéral au début du mois de décembre, afin que l’élu puisse entrer en fonctions en janvier 2009.
Pour éviter que le nouveau chef de l’armée n’explose lui aussi au décollage en raison d’une affaire privée dont on n’aurait pas su détecter le potentiel inflammable, un contrôle de sécurité poussé a été mené chez tous les papables. Parallèlement, les résultats des assessments précédents, c’est-à-dire l’évaluation des capacités des candidats dans vingt-cinq domaines, ont été repassés au crible. «Les candidats sont également soumis à un audit conduit par une entreprise externe», confirme Markus Seiler, le secrétaire général du Département de la défense.
Peu de candidats. Le problème, c’est que les «candidats» ne se sont pas vraiment bousculés. Les divisionnaires Hans-Ulrich Solenthaler, Peter Stutz et Eugen Hofmeister, qui entreraient en ligne de compte, sont à deux ou trois ans de la retraite militaire ordinaire, fixée à 62 ans. Nommer l’un d’eux ne serait qu’une solution de «transition». Le divisionnaire Jakob Baumann, 50 ans seulement, n’a pas ce problème. En plus, il bénéficie d’une excellente formation internationale: il a passé par Paris, Singapour, Rome et Tel-Aviv. Brillant, c’est lui qui, il y a un an, aurait le mieux réussi les tests pour la succession de l’ancien chef de l’armée Christophe Keckeis, dont il était du reste le favori.
Hélas, Jakob Baumann vient de prendre en juin la tête d’Armasuisse, la centrale fédérale chargée de l’acquisition de systèmes d’armement. Il vient d’annoncer sa réorganisation et ne peut décemment se mettre à disposition pour le 1er janvier 2009. «Je ne suis pas intéressé, et ne fais pas de lobbying passif», assène-t-il. Voilà pourquoi il est crédible que Samuel Schmid envisage de faire appel à Ulrich Zwygart. Réformiste lui aussi, brillantissime sur le plan académique, il a été l’architecte d’Armée XXI, il a planifié sa mise en œuvre, avant de devenir responsable de la formation des cadres de l’armée.
Déçu de ne pas avoir été choisi pour de plus hautes fonctions encore (son ambition démesurée aurait constitué un handicap), il a quitté l’institution militaire en mars 2008. Depuis juin, il officie à Londres. Il ne s’est pas porté candidat, mais a dit qu’il entrerait en matière si on venait le prier. Mieux: son ami Josef Ackermann, CEO de la Deutsche Bank, a fait passer le message via la NZZ qu’il ne «s’opposerait en rien» à sa nomination.
Que faisait Ulrich Zwygart au Palais fédéral? Discutait-il avec Samuel Schmid? Ou, en pleine crise financière, jouait-il le messager d’Ackermann auprès de l’administration des Finances? Une seule chose est sûre, c’est que Samuel Schmid a toujours aimé surprendre son monde, que ce soit lors de visites inopinées qui ont ponctué son année présidentielle en 2005, ou lors de précédentes nominations.
Jeux politiciens. Mais celui qui pourrait finalement sortir de la marmite du ministre de la Défense est le divisionnaire André Blattmann. Chef de l’armée ad interim depuis août, il était déjà le bras droit de Christophe Keckeis. L’an dernier, son handicap était d’être issu des forces aériennes comme Keckeis.
Mais depuis le départ de Nef, il a su donner une «excellente impression» en commission, selon le conseiller national Toni Bortoluzzi (UDC/ZH), qui l’a vu à l’œuvre les 27 et 28 octobre. «Bon sur le fond et aussi sur la forme. Diplomate sans être obséquieux», résume le conseiller aux Etats Didier Burkhalter (PRD/NE). Au sein de l’état-major, il aurait également de nombreux supporters, contrairement à Nef. Le handicap d’André Blattmann est surtout son manque d’expérience internationale et ses faibles connaissances en anglais. Ce qui devient un avantage prépondérant aux yeux de l’UDC.
Reste que le choix du nouveau chef de l’armée est intimement lié au sort de Samuel Schmid lui-même. Peut-il choisir un chef de l’armée en décembre et s’en aller au printemps? A contrario, peut-il laisser traîner les choses au-delà de son élection (ou non-élection) à la vice-présidence de la Confédération, le 10 décembre?
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