La Lune est là, bien visible dans le ciel depuis la nuit des temps. Mais ses faces recèlent de nombreux mystères que les missions Apollo ont contribué à éclaircir. Certes, l'envoi d'hommes sur le satellite, entre 1969 et 1972, avait surtout été motivé par la compétition que les Américains et les Soviétiques se livraient dans l'espace. Toutefois, la science faisait aussi partie du programme de la Nasa. Complétant les informations transmises par les différentes sondes lunaires automatiques, la moisson des données réunies par les astronautes n'en finit pas de donner du grain à moudre aux laboratoires du monde entier. Elle leur a notamment permis de mieux comprendre l'évolution de la Lune, et par la même occasion, celle de sa cousine la Terre. «La surface de la Lune est un livre d'histoire du système solaire, souligne Willy Benz, directeur de l'Institut de physique de l'Université de Berne. L'astre n'ayant pas d'atmosphère, tout ce qui se passe à sa surface y reste gravé à jamais.»
Participation bernoise. Les astronautes américains ont réalisé trente et une expérimentations, dont l'une avait d'ailleurs été conçue par l'Université de Berne. Concoctée par Johannes Geiss, qui dirigeait alors l'Institut de physique, elle avait la forme d'une feuille d'aluminium que Neil Armstrong et Edwin Aldrin ont déployée sur le sol à côté du drapeau américain, avant de la rapporter sur Terre. Un dispositif simple - «c'est pour cela que les Américains l'ont accepté», note Willy Benz, le successeur de Johannes Geiss - mais qui a néanmoins permis de déterminer la composition du vent solaire, ces particules émises par notre astre. «Cette participation suisse aux missions Apollo a d'ailleurs été à l'origine du démarrage des activités spatiales dans notre pays», souligne le physicien (lire enpage42). Outre la feuille d'aluminium bernoise, d'autres instruments ont été déposés sur la Lune par les astronautes. Des sismographes qui ont permis de constater que la structure interne de notre satellite ressemble à celle de la Terre, mais qu'elle possède un tout petit noyau de fer. Des miroirs qui, aujourd'hui encore, sont utilisés pour réfléchir des rayons laser envoyés de notre globe. Cela a permis de mesurer avec une grande précision la distance entre les deux corps célestes et d'observer que ceux-ci s'éloignent l'un de l'autre «d'environ quatre centimètres par an», explique Edwin Gnos, conservateur du Muséum d'histoire naturelle de Genève. Mais il y a plus encore. Dans leurs bagages, les astronautes du programme Apollo ont rapporté des échantillons lunaires; 380 kilogrammes de cailloux «d'excellente qualité, selon Michel Grenon, astronome à l'Observatoire de Genève, et que l'on a pu analyser grain par grain» pour connaître la géologie lunaire.
Une trentaine de volumes. Les résultats scientifiques obtenus grâce à ces missions «sont consignés dans une trentaine de volumes de 3000 pages chacun», souligne l'historien français de l'espace Jacques Villain. Des données de toute sorte, minéralogiques et chimiques notamment, grâce auxquelles l'une des théories avancées pour décrire l'origine de la Lune s'est trouvée confortée. Notre voisine serait née il y a quelque 4,5 milliards d'années, des suites d'une violente collision. La Terre était alors en pleine formation, lorsqu'elle a été percutée par un très gros objet - sa masse était proche de celle de Mars. Il s'est ensuivi une «gigantesque explosion», selon les termes de Willy Benz, qui a éjecté dans l'espace des fragments de la Terre, lesquels, mis en orbite, se sont agrégés pour former notre satellite. Du point de vue scientifique, les missions Apollo ont donc porté leurs fruits. Elles n'ont toutefois exploré qu'une petite portion de la Lune, proche de l'équateur. C'est dire que les chercheurs espèrent beaucoup du redémarrage de l'exploration lunaire pour parfaire leur connaissance de l'astre.
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