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Scientifiques

Mis en ligne le 07.05.2009 à 00:00

L'Hebdo; 2009-05-07

Les références, ceux qui vont plus loin Scientifiques Joël Mesot

Le Romand qui fait rayonner le PSI

Qu’un Fribourgeois né à Genève ait été nommé, en août 2008, directeur de l’Institut Paul Scherrer (PSI) à Villigen (Argovie) pourrait surprendre. Mais tout s’explique lorsque l’on sait que Joël Mesot a mené l’essentiel de sa carrière au PSI, tout en poursuivant des activités de recherche et d’enseignement à l’EPFZ.

Depuis neuf mois, ce physicien spécialiste des supraconducteurs dirige le plus grand institut de recherche suisse. Un laboratoire qui a bâti sa renommée internationale sur ses accélérateurs de particules qu’il met à la disposition des chercheurs du monde académique et de l’industrie. Mais aussi des médecins, car le PSI est l’un des pionniers de la protonthérapie anticancéreuse.

Autre champ d’action de l’institut: les énergies renouvelables. «Cela fait plus de dix ans que nous les développons; bien avant que cela devienne à la mode.» A son actif, le laboratoire compte notamment l’élaboration de piles à combustible, qu’il développe, en partenariat avec Swatch Group et le Groupe E, par le biais de la société Belenos Clean Power.

Autant de recherches que Joël Mesot a bien l’intention de poursuive, tout en menant d’autres projets ambitieux. Il souhaite continuer la mise au point du PSI-XFEL, un laser à rayons X extrêmement intense qui scrutera la matière avec une précision inimaginable actuellement. Il compte aussi renforcer les relations du PSI «avec l’allié naturel, L’EPFL (où il est d’ailleurs professeur), mais aussi avec les Universités de Genève et de Fribourg». De quoi accroître un peu plus le rayonnement de l’institut.ÉLISABETH GORDON

Directeur de l’Institut Paul Scherrer (PSI), 44 ans.

Philip Jaffé

Les droits de l’enfant sur tous les fronts

Qu’on le sollicite pour parler d’enlèvements d’enfants, de pédophilie au sein de l’Eglise catholique ou même des défaites de Roger Federer, Philip Jaffé répond toujours présent. Chouchou des médias, le psychocriminologue en fait-il trop? «Je ne suis pas un universitaire typique, ce que je fais de mieux c’est de vulgariser», répond le professeur de 50 ans. Né en Amérique du Sud, de mère américaine, et ayant grandi en Afrique de l’Est, il dit avoir «une culture anglosaxonne» qui le rend plus décontracté et moins méfiant envers les journalistes que la plupart de ses homologues. Mais derrière ce personnage public se cache un vrai passionné des droits de l’enfant, qui vient de prendre la direction de l’Institut universitaire Kurt Bösch, à Sion, spécialisé sur ces questions. Il y est pourtant venu sur le tard. «J’ai commencé par m’intéresser aux grands criminels, effectuant notamment des recherches au sein d’établissements psychiatriques de haute sécurité aux Etats-Unis. Mais, à la longue, les tueurs en série se ressemblent tous, alors j’ai préféré me tourner vers la protection de l’enfance.» Un parcours qui lui permet d’exercer un double regard, sur la victime comme sur l’auteur. S’il constate actuellement une exacerbation du climat autour des questions d’abus de l’enfance, il refuse de croire que le réflexe sécuritaire a pris le dessus sur le rationnel: «Une grande partie de la population ne veut pas être l’otage de ce type de vision simpliste; mais il faut continuer à expliquer qu’il ne suffit pas d’enfermer les gens pour résoudre les problèmes.»JULIE ZAUGG

Psychocriminologue, directeur de l’Institut universitaire Kurt Bösch, à Sion, 50 ans.

François Spertini

Faiseur de vaccins, tueur d’allergies

Nombre de Vaudois souffrant d’allergies sont passés par son service, pour consulter ou suivre un traitement de désensibilisation. Ceux qui l’ont rencontré savent que ce médecin, chaleureux et sympathique, est de ceux qui vous font oublier un instant que l’on est à l’hôpital. Mais sans doute ne se doutentils pas que François Spertini a bien d’autres aiguilles à sa seringue. Clinicien, il est aussi chercheur et professeur à la Faculté de médecine de l’UNIL. «Ces activités se nourrissent mutuellement, souligne-t-il. Lorsque je traite des patients, cela me donne des nouvelles idées pour mes recherches, et ces dernières me permettent d’enrichir mes cours.» Comme si cela ne suffisait pas, François Spertini s’est aussi fait entrepreneur. En 2001, il a créé une start-up, Anergis, afin de développer des vaccins contre les allergies. Forte du soutien de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie, la petite société a élaboré un premier vaccin contre l’allergie au pollen de bouleau. Des essais cliniques de phase I ont déjà été réalisés, et «les nouvelles sont bonnes», annonce François Spertini d’un ton réjoui, (lire L’Hebdo, 16 avril 2009). Anergis va lancer de nouveaux essais l’année prochaine, tout en s’attaquant à la mise au point d’un vaccin contre l’allergie alimentaire provoquée par les cacahuètes. Un espoir pour les quelque 300 millions de personnes allergiques dans le monde.ÉLISABETH GORDON

Médecin chef du Service l’immunologie et d’allergie du CHUV, 54 ans.

Nico de Rooij

Pionnier de la microtechnique

PIERRE FAZAN PRÉSIDENT ET DIRECTEUR TECHNIQUE DE INNOVATIVE SILICON

D’origine et de nationalité hollandaises, Nico de Rooij est né le 3 janvier 1951. Il est titulaire d’un diplôme de physicochimie de l’Université d’Utrecht obtenu en 1975. Il prépare ensuite, à l’Université de Twente, une thèse couronnée par le titre de docteur ès sciences techniques en 1978. De 1979 à 1982, il est collaborateur scientifique chez Cordis, entreprise spécialisée dans les produits médicaux de pointe. Pendant cette période, il est responsable de la réalisation d’un laboratoire microélectronique pour le développement de capteurs miniaturisés au silicium, et d’un laboratoire chimique pour l’évaluation et les tests de capteurs. Depuis 1982, il est professeur ordinaire de microélectronique à l’Université de Neuchâtel où il se consacre à la mise sur pied de recherches dans le domaine des capteurs, actuateurs et microsystèmes. Il a assumé la charge de directeur de l’Institut de microtechnique de l’Université de Neuchâtel, de 1990 à 1996. Il travaille à de nombreux projets en collaboration avec l’industrie. Depuis 1983, il est chargé de cours à l’EPFL et, dès 1989, il est nommé professeur ordinaire au Département de microtechnique (DMT). Il a aussi donné un cours similaire à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, de 1987 à 1992. Il est l’auteur de nombreuses publications scientifiques. Le professeur de Rooij est un des pionniers de la microtechnique et de la microélectronique en Suisse romande. Il a contribué dans ces domaines au niveau de l’enseignement, de la recherche et de la création d’entreprises.

Professeur au Département de microtechnique de l’EPFL, 58 ans.

Camille Scherrer

Exploratrice du cybermonde

Jeune designer originaire de Château-d’Å’x, Camille Scherrer aime créer de nouvelles synergies entre des domaines a priori incompatibles. Alors qu’elle était encore étudiante à la section Media & Interaction Design de l’ECAL, elle a noué des contacts avec des chercheurs de l’EPFL. «Au départ, nous ne nous comprenions pas car nous n’utilisions pas le même vocabulaire. Par la suite, cette collaboration s’est révélée extrêmement fructueuse: j’ai donné du sens aux technologies et eux m’ont ouvert un monde de possibles que je n’imaginais pas.» Le résultat du travail de diplôme de la jeune femme, effectué avec Julien Pilet, du laboratoire de vision par ordinateur de l’EPFL, donne naissance à un livre surprenant, baptisé Le monde des montagnes. L’ouvrage reçoit le prix Pierre Bergé du meilleur diplôme européen de design, en novembre 2008. Première mondiale, Le monde des montagnes est composé d’un livre et d’une caméra qui le filme. Cette dernière est reliée à un ordinateur doté d’un logiciel qui reconnaît les images et les anime de façon ludique. Le projet suscite un grand intérêt auprès du public et des éditeurs, qui y voient le livre du futur. Actuellement, Camille Scherrer court les expositions du monde entier afin d’y présenter son travail, tout en continuant ses recherches dans le cadre de l’EPFL+ECAL Lab. «La réunion de ces deux écoles réputées contribue au rayonnement de la Suisse romande. Son potentiel d’innovation est prometteur.»GENEVIÈVE RUIZ

Designer à L’EPFL+ ECAL Lab, 24 ans .

Lukas Baumgartner

Déchiffrer l’histoire de la terre

DOMINIQUE ARLETTAZ RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE LAUSANNE

Il est partout, Lukas Baumgartner, car sa passion pour l’étude des roches se révèle sans limites. Comme doyen de la Faculté des géosciences et de l’environnement (FGSE) de l’Université de Lausanne, il déploie vision et pragmatisme. Son intense carrière académique l’a conduit de Bâle à Lausanne, en passant par Washington DC, Zurich, Baltimore, Madison Wisconsin et Mayence. Il est ainsi devenu un expert mondialement renommé en minéralogie, lui qui sait conjuguer recherches chimiques sophistiquées et travail de terrain aux quatre coins du monde. Son objectif consiste à déchiffrer l’évolution de la croûte terrestre et à comprendre la formation des montagnes. Pour cela, il est prêt à tout: avec l’aide du Club alpin suisse, il a organisé, au début de 2007, une expédition en Patagonie chilienne réunissant des scientifiques de l’UNIL, quatre guides et de jeunes alpinistes chevronnés pour récolter des échantillons de roches dans le massif des Torres-del-Paine, sur des parois vertigineuses de près de 1000 mètres de dénivellation. Le professeur Baumgartner témoigne en outre d’un enthousiasme communicatif auprès de ses étudiants et d’un grand talent à initier des collaborations au service de la politique universitaire suisse, à travers ses responsabilités au Fonds national suisse pour la recherche scientifique et son action à la tête de la FGSE, cette faculté qui vient de s’agrandir en intégrant au sein de l’UNIL les enseignants et les étudiants en géologie de l’Université de Neuchâtel.

Doyen de la Faculté des géosciences et de l’environnement (FGSE) de l’UNIL, 52 ans.

Antoine Geissbuhler

Pionnier de l’informatique au service du patient

DANIEL ROSSELLAT SYNDIC DE NYON

On peut l’inscrire dans la catégorie prodige, ce jeune professeur de médecine genevois qui dirige depuis 1999 le Service d’informatique médicale des Hôpitaux universitaires de Genève. Doté d’une grande humanité et surdoué de l’informatique, il comprend que cette science a un potentiel formidable à mettre au service des patients et des soignants. A l’Université Vanderbilt (Nashville, USA), il bouscule les idées de l’informatique médicale d’alors et développe des outils d’aide à la décision et à la prescription médicales. Il adapte l’instrument informatique aux valeurs des gens qui l’utilisent et non l’inverse. Ses solutions éthiquement adaptées s’imposeront. Revenu en Romandie depuis dix ans, il propage ses outils à Genève et en Suisse. Président du conseil de la Fondation Health On the Net, il promeut la qualité de l’information médicale sur l'internet. Dès l’an 2000, il se bat contre les effets de la pénurie de soignants dans le tiers monde. Il va soutenir les professionnels de la santé là où on en a le plus besoin, dans les zones éloignées. Avec doigté, et respect de ses partenaires, il développe un réseau informatique appelé RAFT dans 14 pays d’Afrique francophone qui permet l’enseignement et les consultations à distance entre ces différents pays. Riche de ses succès, ce réseau est en pleine extension et touche maintenant des pays d’Afrique anglophone et arabophone. Un génie dans l’ombre méritant un petit coup de projecteur... Dût sa modestie en souffrir quelque peu.

Médecin chef du Service d’informatique médicale des Hôpitaux universitaires genevois, 44 ans.

Yves Flückiger

Un professeur pour l’emploi

L’emploi, le monde du travail, le chômage. Cela fait vingt ans que ce Genevois observe et dissèque tout ce qui a trait à ces questions. Aussi discret que posé, répugnant à se mettre en avant, Yves Flückiger est devenu un interlocuteur incontournable sur ces thèmes, plus sensibles que jamais avec la crise qui s’installe. «La science économique a une responsabilité particulière pour contribuer à résoudre les problèmes liés au chômage, aux inégalités de salaire, aux déficits de formation ou aux migrations», résume ce professeur, qui a aussi été vice-président de la Commission suisse de la concurrence, de 2003 à 2007, et conseiller scientifique auprès du Fonds national suisse de la recherche scientifique, de 1998 à 2008. Cet économiste, marié et père de deux enfants, occupe depuis près de deux ans le poste de vice-recteur de l’Université de Genève, une académie qu’il rêve de hisser «parmi les meilleures universités du monde». Dans quels domaines? Yves Flückiger en cite cinq: génétique et sciences de la vie, neurosciences et sciences affectives, physique et nouveaux matériaux, environnement et finance.ROLAND ROSSIER

Vice-recteur de l’Université de Genève, 53 ans.

André Langaney

Une belle histoire de l’homme

Dites «génétique des populations» ou encore «histoire des peuplements humains» et, aussitôt, le nom d’André Langaney viendra à l’esprit de votre interlocuteur. Ce Franco-Suisse, qui a mené l’essentiel de sa carrière à la fois à l’Université de Genève (Unige) et au Muséum d’histoire naturelle de Paris, fait figure de pionnier de l’anthropologie génétique. Alors que cette discipline s’est longtemps appuyée uniquement sur des modèles théoriques, il a été l’un des tout premiers à l’asseoir sur de véritables données génétiques, qu’il a recueillies sur le terrain, tant au Sénégal qu’au Groenland. Ce brillant chercheur ne s’est jamais cantonné à ses études académiques. Homme de combat, «non pas militant, mais plutôt libertaire», précise-t-il, il n’a cessé de lutter contre ceux qui prétendaient justifier le racisme par des arguments biologiques. Vulgarisateur de talent, il a écrit de nombreux livres, notamment La plus belle histoire de l’homme (Seuil). Il a aussi été l’initiateur de multiples expositions qui ont connu un grand succès. «Tous parents, tous différents», a accueilli 60 000 visiteurs à Paris avant d’être «traduite en dix langues» et de circuler des Etats-Unis à la Tunisie, en passant par le Liban. «Il y a même eu des copies pirates», dit-il en riant, mais non sans fierté. Bien qu’il soit à la retraite, André Langaney continue d’enseigner à l’Unige et au Muséum parisien, tout en proposant ses chroniques à la RSR et à l’hebdomadaire satirique Siné Hebdo, en éternel «Anarchronique», comme il a intitulé son blog.ÉLISABETH GORDON

Généticien et anthropologue, professeur honoraire à l’Université de Genève, 66 ans.

Hilal Lashuel

Une étoile montante

PATRICK AEBISCHER PRÉSIDENT DE L’EPFL

Quelle destinée que celle de cet individu né au Yémen, parti pour les gratte-ciel de New York à l’âge de 15 ans avec un billet simple course. Au moyen de petits boulots, il se paie des études secondaires. Il mène ensuite des études de chimie à la City University de New York, puis un doctorat au fameux Scripps Research Institute à La Jolla aux Etats-Unis et des études postdoctorales à la Harvard Medical School avant d’atterrir comme professeur assistant à L’EPFL. Ce chimiste de formation s’attelle à comprendre les mécanismes moléculaires qui sont à la base de l’agrégation des protéines et de la mort des cellules nerveuses observées dans les maladies d’Alzheimer et de Parkinson. La compréhension du mécanisme d’agrégation devrait lui permettre d’identifier des molécules inhibant cette dernière et qui pourraient ainsi potentiellement prévenir le développement de ces maladies débilitantes. Cette recherche soutenue par le Fonds national suisse et la Communauté européenne intéresse déjà de nombreuses compagnies pharmaceutiques. Hilal Lashuel, étoile montante de la recherche sur les maladies neurodégénératives, a également aidé L’EPFL à signer un accord avec les Emirats arabes unis pour le développement d’un campus à Ras al-Khaima.

Professeur assistant «tenure track» en charge du Laboratoire de neurobiologie moléculaire et de neuroprotéomique de L’EPFL, 36 ans.

François Félix

L’urgence d’un questionnement informé

CHRISTIAN CHEVROLET DIRECTEUR DES ÉDITIONS PLUS

«Quand tout le monde se laisse entraîner, sans réfléchir, par ce que les autres font et croient, ceux qui pensent se retrouvent à découvert, car leur refus de se joindre aux autres est patent et devient alors une sorte d’action.» Cette profession de foi, signée Hannah Arendt, correspond parfaitement à l’état d’esprit qui anime François Félix, défenseur invétéré d’une philosophie ouverte à tous en Suisse romande. A 48 ans, tandis qu’il enseigne la philosophie moderne et contemporaine à l’Université de Lausanne, mais aussi au Gymnase de Nyon, l’homme cumule en effet les fonctions et se lie avec une passion inusable à toutes les initiatives susceptibles de ramener la pensée humaine aux avant-plans. Président de la «Revue de théologie et de philosophie», laquelle regroupe les Universités de Vaud, Genève et Neuchâtel (en activité depuis plus de 140 ans, et qui peut donc se targuer d’être la plus ancienne du genre en Europe), codirecteur (avec Philippe Grosos) de la collection de philosophie Etre et devenir aux Edition de l’Age d’Homme, auteur – notamment – d’un récent pavé faisant d’ores et déjà référence sur Schopenhauer, François Félix est aussi cofondateur et l’un des rédacteurs du site internet Contrepointphilosophique.ch, dont «Le Nouvel Observateur» a écrit qu’il «constitue une irremplaçable bibliothèque des débats contemporains». Rien ne pouvait lui faire plus plaisir: c’est en effet au cÅ“ur du XXIe siècle, et avec les meilleurs représentants du domaine, que François Félix entend contribuer à «l’urgence d’un questionnement informé». Parce que, comme l’écrivait Descartes, «c’est proprement vivre les yeux fermés que de vivre sans philosophie».

Professeur et philosophe, 48 ans.





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