Dans la valse à deux temps qui mène au poste suprême de la politique suisse, le premier temps est ouvert à tous. Le parti, quel qu’il soit, entretient l’illusion que chacun a une chance de mener le bal, pour peu qu’il vienne de la bonne région linguistique.
Le président des socialistes Christian Levrat ne fait pas exception: il égrène un long chapelet de noms, comme s’il pensait sérieusement à autre chose qu’au pas de deux qu’exécutent depuis plusieurs années Alain Berset et Pierre-Yves Maillard.
Au premier temps de la valse, un candidat du Tessin entre souvent dans la danse. C’est presque devenu un rituel depuis 1999 et le départ de Flavio Cotti, le dernier Tessinois du Conseil fédéral. Mais, quand les choses deviennent sérieuses, les italophones font tapisserie.
La conseillère nationale Marina Carobbio – c’est elle dont le nom vient d’être lancé –, est médecin, elle sait analyser les risques: «Etre à chaque fois candidat et perdre à chaque fois, cela n’amène rien au Tessin», dit-elle. Même si elle est convaincue que son canton et la Confédération auraient tout intérêt à se rapprocher, elle n’est pas sûre de le vouloir en raison de ses enfants. Et: elle se lancera seulement si elle reçoit un soutien fort bien au-delà du seul PS tessinois.
Au sud des Alpes, on se souvient trop bien de l’humiliation faite à Patrizia Pesenti par une machine de parti dirigée de main de maître par la Genevoise Christiane Brunner pour imposer la Genevoise Micheline Calmy-Rey, et qui la laissa tomber à la première occasion. D’autres s’en rappellent aussi: «Elle fut instrumentalisée», se souvient Martine Brunschwig Graf. «La candidate et le canton en sont sortis tous deux meurtris.»
Que les choses soient claires: Marina Carobbio est une parlementaire efficace, qui, selon ses collègues d’autres partis, est active au sein de la Commission des finances, une commission peu médiatique. Elle maîtrise aussi les questions de santé.
Chaleureuse, respectueuse de ses adversaires, à même de réaliser des alliances sans perdre son âme de gauche, Marina Carobbio concilie vie politique avec vie de famille –elle est mère de deux enfants – et son travail de médecin. Et sa première législature l’a vue accéder à la vice-présidence du Parti socialiste suisse.
Le lancement de son nom paraît pourtant précipité après une seule législature. Si le Parti socialiste, comme les autres partis d’ailleurs, veut sérieusement construire une relève au Tessin, il s’agit de pousser, suffisamment tôt, les parlementaires à des postes prestigieux. Flavio Cotti fut président de son parti au moment de son élection. La direction du groupe donne aussi visibilité et expérience.
Un ticket à trois. Seulement voilà, les appareils de parti ne l’avoueront jamais, mais ils sont peu intéressés à porter sérieusement un candidat qui représente 4% de l’électorat suisse seulement. A l’heure où les partis tremblent à l’idée de perdre un siège au Conseil fédéral, aucun ne se préoccupe de la Suisse italienne.
Le Parti socialiste, qui a davantage le vent en poupe en Suisse romande qu’en Suisse alémanique ou au Tessin – où il risque même de perdre un siège – va favoriser ses candidats romands sur le ticket. A moins que… à moins qu’on cherche un faire-valoir à l’un des poids lourds romands. A moins que le Vaudois Pierre-Yves Maillard renonce à une candidature. A moins qu’un UDC romand soit élu.
Une assurance tous risques serait de faire un ticket à trois. Ce que suggère le politologue et candidat socialiste au Conseil national Nenad Stojanovic, Tessinois lui aussi. «Vu les incertitudes qui accompagnent cette élection, un ticket à trois élargirait la marge de manœuvre du PS», estime-t-il, rappelant que le PDC avait lancé trois candidats à la succession de Flavio Cotti.
Marina Carobbio sera-t-elle d’accord de tenter sa chance et de jouer la roue de secours? Va-t-elle entrer dans la danse, la sachant endiablée? La socialiste dit qu’elle garde la tête froide. Et qu’elle n’est pas bonne danseuse.
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