L'Hebdo;
2008-07-31 SÉLECTIONNÉS MAIS SANS LE SOU
LUDOVIC CHAPPEX
SUISSES AUX JEUX OLYMPIQUES.
Parmi les sportifs helvétiques qui se rendront à Pékin le 8 août, nombreux sont ceux qui peinent à boucler leur budget pour financer leurs entraînements.
Dans la liste des 82 athlètes suisses sélectionnés pour les Jeux olympiques de Pékin, Roger Federer sort du lot. Pas seulement parce qu'il représente l'un des plus sûrs espoirs de médaille helvétique. Non, c'est sur le plan financier que le tennisman se distingue essentiellement de ses compatriotes sportifs, dont l'addition des salaires ne suffirait pas - et de loin - à égaler le seul revenu du prodige Bâlois, estimé à 3 millions de francs par mois.
Excepté Sa Majesté Federer et le Vaudois Stanislas Wawrinka - autre tennisman, actuel N° 10 mondial -, les membres de la délégation suisse vivent plutôt chichement. Pour une partie d'entre eux, l'équilibre budgétaire relève même du casse-tête permanent. «Dans les sports peu médiatisés en dehors de la parenthèse des Jeux olympiques (8 au 24 août), beaucoup d'athlètes helvétiques éprouvent des difficultés à se financer», explique Werner Augsburger, chef de mission à Swiss Olympic, l'organisation faîtière des fédérations sportives suisses. Les primes glanées en compétition ne suffisent pas. Or, pour pouvoir atteindre un bon niveau sur la scène internationale, il faut se consacrer entièrement à sa discipline.
Entourage prépondérant. A défaut de figurer parmi les meilleurs athlètes mondiaux, aucun concurrent suisse n'est vraiment épargné, même dans des disciplines illustres comme l'athlétisme ou la natation. Quant aux ambassadeurs de sports moins populaires, tels que le tir ou l'escrime, ils doivent souvent leur salut sportif au soutien de leur entourage, voire à un job à temps partiel. «Les jeunes athlètes sont fréquemment aidés par leurs parents, relève Werner Augsburger. Dénicher des sponsors n'est pas toujours évident.» A Pékin, les médaillés d'or helvétiques se consoleront avec la prime de 20 000 francs versée par Swiss Olympic. En comparaison, les vainqueurs français empocheront 50 000 euros, loin derrière les champions russes, gratifiés, dit-on, de 200 000 euros.
Financièrement démunies, les fédérations suisses ne peuvent subvenir l'année durant aux besoins coûteux (salaires, déplacements, matériel) de leurs meilleurs éléments. Heureusement, Swiss Olympic, qui se finance grâce aux profits du Sport-Toto, tente au mieux de limiter les dégâts: depuis deux ans, le nouveau programme «Top Athlètes» soutient les sportifs et sportives suisses qui réalisent des performances internationales de haut niveau, quelle que soit leur discipline. Ils reçoivent 2000 francs suisses par mois durant l'année olympique et 1500 francs par mois l'année qui précède la compétition. «Ces montants vont directement dans la poche des athlètes», insiste Werner Augsburger. Bon à prendre, même si une septantaine d'athlètes seulement - Jeux d'hiver et d'été confondus - bénéficie actuellement de ce soutien.
Un tiers pour le transport. D'entre toutes les disciplines olympiques, celles qui déploient une logistique conséquente (voile, équitation, aviron) mettent Swiss Olympic à genoux: «Quand Pékin avait déposé sa candidature, elle avait promis de prendre en charge les frais de transport pour les chevaux et les bateaux. En réalité, nous devons quand même endosser une partie des frais qui sont énormes, déplore Werner Augsburger. De notre budget de 3, 5 millions consacré aux Jeux, environ 1 million est avalé par le transport (personnes, animaux, matériel).» En ce qui concerne le déplacement et le logement à Pékin, Swiss Olympic couvre les frais de tous les concurrents. Reste la difficulté pour eux de surnager en amont et au-delà des Jeux...
L'armée s'y met. L'herbe est plus verte chez nos voisins, Français, Allemands ou Italiens. Dans ces pays, le sport d'élite est - au sens propre - une affaire d'Etat, tandis qu'en Suisse, il relève d'associations privées. Question de culture. La France emploie par exemple plus de 3000 entraîneurs payés par l'Etat. A l'abri du besoin, les athlètes y sont officiellement salariés par l'armée, la gendarmerie ou encore la SNCF, avec comme premier mandat d'obtenir des résultats en compétition. La même logique, celle de postes de travail alibis, prévaut dans la plupart des pays du globe.
La Suisse s'essaie sur cette voie, mais au compte-gouttes et sur la pointe des pieds: l'armée réserve en tout et pour tout une dizaine de postes (lire le témoignage du tireur Christophe Schmid) et l'Administration des douanes commence tout juste à s'y mettre. «En Suisse, nous ne sommes pas prêts à utiliser l'argent du contribuable pour financer des postes de travail, déclare Béatrice Wertli, responsable de la communication à l'Office fédéral du sport. Notre mission consiste à servir et à encourager tous les athlètes et tous les sports, mais leur financement appartient à l'économie privée.» largeur.com
DROITS TV
Sports inégaux
Si les athlètes participant aux JO ne sont pas égaux devant l'argent, les sports ne le sont pas non plus, y compris aux yeux du Comité international olympique (CIO). La différence se mesure dans la redistribution des droits de télévision vers les fédérations internationales (FI). Pour les JO d'été, le CIO a établi un classement en cinq catégories, reflétant plus ou moins l'intérêt du public pour les disciplines. A Athènes 2004, le classement et les sommes perçues étaient les suivants: 1) athlétisme avec 25, 21 mio de dollars; 2) basket-ball, football, gymnastique, natation, volleyball, tennis et cyclisme avec 12, 22 mio; 3) handball, hockey, équitation, aviron avec 8, 12 mio; 4) tir à l'arc, badminton, base-ball, boxe, canoë, escrime, haltérophilie, judo, lutte, pentathlon moderne, softball, tennis de table, tir et voile avec 6, 75 mio; 5) taekwondo et triathlon avec 6, 07 mio. Au total, les 28 FI ont perçu 253, 7 millions de dollars, soit 17% des droits TV qui se montaient à 1, 5 milliard. A noter aussi que les comités nationaux olympiques (CNO) sont également traités de manière différenciée. Ainsi, celui des Etats-Unis perçoit à lui seul 101, 2 millions de dollars, contre 135, 6 millions pour tous les autres (soit 202 CNO) au travers de la Solidarité olympique. Un déséquilibre qui s'explique par l'histoire de la vente des droits TV. Les premières à acheter la retransmission des épreuves étaient les chaînes américaines. PO
«EN SUISSE, NOUS NE SOMMES PAS PRÊTS À UTILISER L'ARGENT DU CONTRIBUABLE POUR FINANCER DES POSTES DE TRAVAIL.»
Béatrice Wertli, Office fédéral du sport
«Pour cette aventure extraordinaire, j'ai dû revoir mon train de vie»
«Financièrement, ma situation n'est pas aisée. Je ne profite pas du programme de financement "Top athlètes" de Swiss Olympic. Heureusement, j'ai pu intégrer un tout nouveau projet que l'Office fédéral du sport a mis sur pied avec l'armée. Je suis engagé à 50% par l'armée qui me verse un salaire de 1900 francs. Nous sommes quelques-uns dans ce cas; des tireurs mais aussi des athlètes venus du biathlon et du ski de fond. Pour moi, cela signifie que je consacre une cinquantaine de jours par année à donner des cours à la Haute Ecole fédérale de sport de Macolin. Sinon, je suis libre de m'entraîner. Sans cela, je me verrais dans l'obligation de travailler au civil à temps partiel, avec toutes les difficultés que cela suppose. La Fédération sportive suisse de tir (200 000 membres, ndlr) finance également une partie de ma préparation. Au total, je touche environ 3200 francs par mois, soit nettement moins que si j'exerçais mon métier d. J'ai dû adapter mon train de vie mais ce n'est pas grave, tant qu'il y a la passion. Les Jeux olympiques sont une aventure extraordinaire. C'est peut-être mon unique chance d'y participer.»
CHRISTOPHE SCHMID
«Financièrement, ma situation n'est pas aisée.»
PROFIL
TIR AU PISTOLET
Christoph Schmid, 25 ans, Seewen (SZ). Formation: enseignant à l’école primaire.
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