Ce pourrait être un pas notoire vers le dénouement du dernier différend territorial d’ex-Yougoslavie. La résolution sur le Kosovo, acceptée par acclamation à l’Assemblée générale de l’ONU le 9 septembre dernier, consacre le principe d’un dialogue entre Belgrade et Pristina.
«LA SERBIE VEUT SE DÉBARRASSER DE LA QUESTION KOSOVARE, UN OBSTACLE À SON ENTRÉE DANS L’UE.» Alain Délétroz, vice-président pour l’Europe du think tank International Crisis Group
C’est une première. Résultat d’un consensus entre l’UE et la Serbie, le texte prévoit des négociations entre les deux parties, sous les auspices de Bruxelles.
La résolution «prend note» de la décision de la Cour internationale de justice de juillet dernier, selon laquelle la déclaration d’indépendance du Kosovo n’enfreint pas le droit international.
L’ambassadeur serbe à Berne, Milan St. Protic, se dit satisfait: «Ce compromis est un grand succès du président Boris Tadic.»
La résolution adoptée à New York est pourtant une version édulcorée du premier document incendiaire que voulait soumettre le président serbe en réaction à la décision de La Haye.
Mais l’Union européenne n’a pas laissé faire. Du coup, les opposants à Tadic dénoncent une «nouvelle défaite de la Serbie», et une «reconnaissance de facto du Kosovo». Ils demandent la démission du ministre des Affaires étrangères.
Officiellement, la Serbie nie vouloir reconnaître le Kosovo. «Cette question ne sera pas résolue tout de suite», affirme ainsi Milan St. Protic. Les signes du changement des esprits sont néanmoins perceptibles sur le terrain.
A Belgrade, le revirement est manifeste chez les hauts fonctionnaires. «Lorsqu’ils s’expriment à l’abri des oreilles indiscrètes, leur position sur la reconnaissance du Kosovo est beaucoup moins ferme», raconte Alain Délétroz, vice-président pour l’Europe du think tank International Crisis Group.
Pour l’expert, ce changement est loin d’être anecdotique. «C’est le signe que la Serbie veut se débarrasser de la question kosovare, un obstacle majeur à son entrée dans l’UE.»
Bien sûr, cet obstacle n’est jamais énoncé formellement. Officiellement, les négociations sur l’intégration de la Serbie ne sont pas liées à celles sur le statut du Kosovo. Mais dans les faits, ces deux points sont indissociables. La notion de «territoire unifié» se pose pour tout pays candidat, dans ses premiers pas vers l’UE.
Autre facteur d’aggiornamento: depuis quelques mois, l’Union européenne a haussé le ton envers le président Tadic sur la question du Kosovo. En retour, elle se montre coopérative envers son partenaire balkanique. Après l’adoption de la résolution par l’ONU, l’UE a annoné qu’elle se penchera fin octobre sur la candidature serbe.
Quel calendrier? La résolution représente déjà un coût politique conséquent pour le président serbe Tadic. Aussi l’Union européenne tente de faire passer la pilule sans heurts majeurs.
Alors, à quand une reconnaissance du Kosovo par la Serbie? «Les récents développements ne doivent pas soulever d’attentes infondées», tempère Eduard Kukan, président de la délégation du Parlement européen pour l’Europe du sud-est.
Selon les différents acteurs, aucune date n’a encore été fixée pour les négociations. Le contenu des discussions n’est en revanche pas un mystère. Il portera sur des questions techniques (transports, télécommunications, énergie).
Un rapport publié en août dernier par le think thank International Crisis Group laisse aussi entrevoir des questions plus délicates: le statut de l’Eglise orthodoxe, ou encore celui du Kosovo du Nord, où vit une majorité de Serbes.
Les négociations seront âpres, notamment sur cette dernière question. Car le rapport de l’ICG suggère une autonomie étendue de cette région.
Un tabou que le Kosovo rechigne à lever. «Nous ne remettrons pas en cause notre territoire», affirme l’ambassadeur kosovar à Berne Naim Malaj.
DFAE muet. Et la Suisse dans tout cela? Fortement impliqué dans la question kosovare, le DFAE pourrait-il jouer un rôle de facilitateur? Les services de Micheline Calmy-Rey n’ont pas souhaité s’exprimer à ce sujet.
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