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Finance: Interview de Fabrizio Quirighetti
"Seul un choc inattendu pourrait entraîner une rechute"

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 06.10.2010 à 15:20

La sortie d’une crise financière présente la particularité d’être très dépendante de la santé de la finance. Pour l’heure, la reprise semble être assurée.

Les marchés obligataires semblent craindre la déflation, alors que les actions misent sur la reprise. Quel est votre scénario?

Je reste relativement optimiste, comme la majorité des stratégistes de la place genevoise qui viennent de publier leur consensus trimestriel.

Mon scénario central est une croissance molle, mais sans «double dip» (double creux); ni aux Etats-Unis ni ailleurs. Seul bémol: le secteur financier reste fragilisé puisqu’on sort, justement, d’une crise financière.

De ce fait, un choc important inattendu – tel un défaut sur la dette souveraine de l’Irlande ou la découverte qu’une banque aurait menti sur la qualité de son bilan – pourrait provoquer un «double dip».

Les acheteurs d’obligations prévoient pourtant la déflation...

Pas la déflation, mais une inflation très faible: les TIPS aux Etats-Unis – des obligations indexées sur l’inflation – se traitent à des cours correspondant à une hausse des prix cumulée de 1,5 à 2% pour les dix prochaines années.

En début d’année, la plupart des stratégistes tablaient sur une reprise économique avec une baisse du quantitative easing par les banques centrales, voire une remontée des taux.

Une croissance forte a validé ce scénario jusqu’en avril; moment où l’on a constaté qu’au-delà de ce rebond technique l’économie ne bénéficierait finalement que d’une croissance molle.

Les marchés obligataires s’adaptent parce que les investisseurs ne craignent plus l’inflation.

Que font les investisseurs dans une telle situation?

Ils délaissent les obligations d’Etat à deux ans, car la plupart de ces titres n’offrent qu’un rendement proche de zéro.

Même avec une obligation à cinq ans, vous n’obtenez en ce moment en Allemagne qu’un rendement de 1,5%, et de seulement 1% en Suisse. Les taux d’intérêt à dix ans en Suisse sont descendus près de 1%.

Comment expliquez-vous alors la ruée sur les obligations, avec un risque de perte si les taux d’intérêt remontent?

Les investisseurs croient faire un placement refuge sans risque. En tant que gérant de fonds obligataires, lorsque je reçois de l’argent frais je suis tenu de l’investir en obligations.

Les titres à court terme ne rapportant rien, pour tenter de dégager une performance supérieure à celle de l’indice de référence je dois choisir des titres à duration plus longue.

Le danger, pour le marché obligataire, se matérialisera lorsque l’économie sera sortie du tunnel. Un premier petit krach pourrait venir d’une large prise de conscience que le danger de double dip est écarté.

En théorie, des actions distribuant un bon dividende semblent actuellement moins risquées que des obligations…

Encore faut-il être prêt à supporter la volatilité. Or, nombre d’investisseurs, échaudés par les pertes de 2008, ne sont plus prêts à prendre le risque de la volatilité.

Par ailleurs, il n’y a aucune garantie sur le versement des dividendes futurs alors que les investisseurs considèrent que le rendement obligataire est sûr, même si en cas d’inflation le rendement réel serait laminé. I

nvestir aujourd’hui sur de l’obligataire revient à ramasser des pièces sur une voie de chemin de fer. Un jour, un train va arriver…

Pour un épargnant en franc suisse, l’année est particulièrement difficile en raison de la hausse du franc par rapport à l’euro et au dollar. Le franc va-t-il rester fort?

Je n’étais pas inquiet pour les exportations suisses jusqu’en mars parce que, jusque-là, le franc était fort contre l’euro mais pas contre le dollar.

Depuis, il s’est apprécié de manière rapide contre ces deux devises importantes. A mon avis, le franc va rester fort tant que la situation sera incertaine à propos de l’apurement de la dette publique en Europe.

L’Irlande ne va pas rassurer: elle a essayé de réduire son endettement et se retrouve avec une dette publique plus importante en proportion du PIB…

Ce ne sont pas les tentatives menées pour réduire la dette publique qui ont mis l’Irlande en difficulté, mais le sauvetage de ses banques. Ce pays à un engagement envers ses banques égal à la totalité de son PIB.

Une situation objectivement à risque: mais si la croissance repart et que les banques irlandaises passent ce mauvais cap, la situation se rétablira très vite. Les investisseurs craignent, pour l’heure, que le gouvernement doive venir une nouvelle fois au secours de ses banques.


Profil

Fabrizio Quirighetti

Chef économiste de la Banque Syz & Co, membre du conseil de la fondation de prévoyance en faveur du personnel de cette même banque. Trésorier de l’ISAG (Investment Strategists Association of Geneva) qui publie tous les trois mois une synthèse des débats de ses membres, représentant 19 banques genevoises. Licence et MBA en économétrie de l’Université de Genève, où il a été assistant au Département d’économétrie.



Dossier 'Crise économique'
INTERVIEW. André Kudelski: "La Suisse ne s’est pas encore réveillée" (23.11.2011)
Economie suisse. Retour en eaux troubles (02.11.2011)
Elections. Peu de réponses face à la finance (19.10.2011)
Pouvoir d'achat. Ce que les partis en disent (12.10.2011)
Crise financière. La bombe à retardement des CDS (12.10.2011)
Crise de la dette. 2e pilier : «Les réserves sont épuisées» (10.08.2011)
La crise se met en livres 2/6. Le roman vrai de la crise financière : Pédagogie de la crise un brin optimiste (20.07.2011)
La crise se met en livres 1/6. Le fondamentalisme de marché a failli (13.07.2011)
Euro. Craintes pour l’emploi (15.06.2011)
Jean-Claude Juncker. "La grèce n’est pas en faillite" (25.05.2011)
Aileen Ionescu-Somers. "Les banques devraient d’abord reconnaître leurs erreurs" (27.04.2011)



Tags: Fabrizio Quirighetti, santé financière,

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