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Régis Jauffret et l'art du mentir-vrai
«Sévère», son roman inspiré par l’affaire Stern, est écrit avec un scalpel de médecin légiste. On se retrouve vite happé par ce livre.
ROMAN Le débat va bon train pour savoir si Régis Jauffret a dépassé les bornes de la morale, du droit ou du simple bon goût en s’emparant de l’affaire Stern pour en faire un roman. Ce qui frappe, quand on lit Sévère, c’est à quel point on oublie vite le référent «réel»: le meurtre de 2005, le procès de 2009, l’obsession médiatique du latex, les tirades ronflantes de Me Marc Bonnant... La force du livre tient à sa parfaite cohérence, à l’autosuffisance de cette bulle romanesque dans laquelle on se retrouve comme aspiré. La précision glacée du style y est pour beaucoup: Régis Jauffret manie un scalpel de médecin légiste.
Le roman s’installe dans la conscience de la meurtrière qui saute dans un avion et vole vers Sidney. Elle s’illusionne: «Les fuseaux horaires permettent de remonter le temps. De retrouver l’instant où rien n’a encore eu lieu, dans un pays où le crime ne sera pas commis.»
Dans cette conscience, le passé pourrait être aussi incertain que l’avenir. Et tout se retourne de la même manière. La soumission en domination. La liberté sexuelle en fatalité acceptée. La mort donnée en renaissance: «Il était trop lourd pour que je puisse le prendre dans mes bras. Autrement, je l’aurais bercé revolver en main. Il aurait sucé sa bouche comme la tétine d’un biberon. Je l’aurais nourri d’une balle.»
Sévère joue sur une réversibilité sans fin qui transforme aussi la vérité en mensonge, et le mensonge en vérité. Sans doute cette mécanique fictionnelle dit-elle quelque chose de vrai: la journaliste Pascale Robert-Diard, qui avait couvert le procès pour Le Monde, a eu ainsi le sentiment que ce récit «est plus près du juste que ne l’a été celui de la justice.» MICHEL AUDÉTAT
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