C’est ce qu’on appelle une histoire de cul. Sauf que celle du sexfriend a deux trois ingrédients de plus: la complicité, la tendresse, l’amitié même. «Oui, dans le mot sexfriend, il y a le mot friend», sourit Pascal de Sutter, sexologue cathodique et professeur à l’Université de Louvain (lire interview en page 28). Pas grandchose à voir avec un coup d’un soir ou une relation tarifée trop «à sens unique», estime Benoît*, marié et cadre dans une PME.
«AVEC MON SEXFRIEND, JE SUIS PLUS LIBÉRÉE: J’AI MOINS PEUR DE NE PAS ÊTRE À LA HAUTEUR.» Catherine, 26 ans
Non, avec une sexfriend, ajoute Gauthier*, célibataire de 29 ans, «on connaît mieux la personne». «On donne et on reçoit.» «On s’entend, on se détend.» «On dialogue» même, sans pour autant nourrir une relation d’amants. Car elle, ne serait-ce qu’étymologiquement, implique de… l’amour, rappelle Pierre Desclouds, psychiatre et sexologue à Genève. Et l’amour, les sexfriends n’en veulent pas. «Surtout pas!». C’est même leur pire ennemi. «Le danger principal» pour Benoît.
«Dire je t’aime à un sexfriend?!, s’étrangle Catherine*, 26 ans. Mon Dieu, jamais!» La jeune femme, tout comme le garçon qu’elle fréquente depuis deux ans ainsi que tous ceux qui ont adopté ce mode de vie sexuelle à plus ou moins long terme, est intransigeante sur la question. «Si mon sexfriend me fait ce coup-là, il ne me revoit jamais! Ce serait mon cauchemar!»
«Un échange de jouissance.» De la tendresse oui, de l’amitié aussi, du sexe évidemment, mais pas une once de sentiment amoureux. «Lorsqu’il y a une vraie relation, qu’on le veuille ou non, il y a un attachement plus fort, dit Pierre Desclouds. Les sexfriends n’essaient-ils pas de s’interdire ça?», s’interroge le sexologue.
Hochements de tête des interpellés. Eux aussi ont vécu une ou plusieurs histoires d’amour mais, plutôt que de cumuler des aventures en attendant la suivante, ils préfèrent nouer ce lien-ci qui n’empêche en rien une rencontre amoureuse. Reste que pour le moment, et pour plus ou moins longtemps, ils ont «des rapports intimes avec une personne qu’ils aiment bien et qui les attirent», explique Gauthier. «Un échange de jouissance», tranche Pierre Desclouds.
Avoir un sexfriend implique un certain nombre de règles. Et la première est d’être d’emblée clair, très clair. «Oui, il faut mettre les points sur les i tout de suite», dit Gauthier. «Fixer les limites dès le départ: pas d’engagement, pas d’exclusivité, pas d’attente, juste du bon temps, sans prise de tête», liste Benoît qui s’est mis à la recherche d’une sexfriend sur le conseil de… son épouse.
«Ma femme, que j’aime et que je ne quitterai jamais, est très réservée sur le plan intime et considère qu’une fois par mois est un maximum. Moi, je demandais trop pour elle.» Le mari, le père, l’homme «frustré» s’est transformé depuis qu’il a entamé cette vie parallèle. Ses amies sexuelles lui ont permis d’évacuer sa frustration, de pimenter sa sexualité mais aussi d’«améliorer nettement» sa relation conjugale.
Sa dernière sexfriend? Une fois par semaine, parfois pour un repas «avant ou après» mais jamais de sortie ensemble. «Chacun mène sa vie de son côté» et s’ils se croisent accidentellement dans la rue, «c’est juste un bonjour ou même on s’ignore...». Sa liaison a pris fin la veille du mariage de sa sexfriend. Du coup, Benoît tente sa chance par le biais des petites annonces. Mais là encore, pas question de faire fi du respect, voire de la tendresse: sans cela, Benoît comme les autres ne peut envisager entamer une liaison de sexfriend. «J’ai tenté une expérience avec une fille “super canon”, mais je n’ai pas pu la mener à terme car je ne ressentais rien pour elle.»
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