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Shanghai: Les souvenirs des commis Tai et Casimir

Par Florence Perret - Mis en ligne le 26.05.2010 à 11:26

TÉMOIGNAGES. Ils sont largement octogénaires et travaillaient pour la police et les tramways du «Changaï» de la concession française. «L’Hebdo» les a retrouvés, ils racontent…

 
L’un est sourd, l’autre pas. L’un est volubile, l’autre moins. L’un se souvient de chaque date, l’autre de chaque silence. Mais tous deux ont accepté de remonter le temps, de se replonger dans ce Shanghai légendaire d’il y a 70 ans. Tai Zeu-ling est dur d’oreille mais a toute sa tête. «Et la santé! annonce-t-il dans un français un brin haché mais encore châtié. Je suis toujours en route.» Veuf depuis dix ans, l’octogénaire au visage rond trotte en effet chaque jour, bretelles au vent, jusqu’à la maison de thé. Trois yuans pour écouter, cinq heures durant, «des histoires».

125 yuans par mois. La sienne a débuté un jour de 1926. A Shanghai, non loin de ce qu’était alors la concession française. Une sœur et un frère l’ont précédé. Son père, commerçant, est «un richard». Mais au décès de ce dernier en 1930 – le petit Tai n’a alors que 4 ans – l’argent fondra comme tofu dans la poêle. La famille se retrouve bientôt sans le sou. «Oui, j’ai eu faim. Tout le monde a eu faim.» L’enfant n’aura dès lors pas d’autre choix que celui d’entrer à l’école franco-chinoise. «A cette époque, celui qui comprenait le français pouvait trouver du travail.»

En effet. A la fin de sa scolarité, à 17 ans, le jeune Shanghaien trouve «tout de suite» un emploi à la Compagnie française de tramways, l’entreprise fleuron de la concession. «J’étais un tout petit commis», dit le vieux Chinois avec un accent qu’on croirait être une imitation. Un tout petit commis qui deviendra deux ans plus tard «commis expéditionnaire» puis «commis principal» et qui, chaque soir, se plongera dans un Larousse qu’on lui a remis pour apprendre «toujours plus de vocabulaire».

Avec ses 66 hectares, la légation est alors, dit-on, «la plus grande ville de France». Pour le commis Tai, c’est la semaine de 33 heures. «Je travaillais 6 heures par jour du lundi au vendredi et 3 heures le samedi» pour un salaire mensuel de 125 yuans (20 francs au cours d’aujourd’hui). Un émolument qui passera à 208 yuans en 1946, lorsque le célibataire devient «chef d’exploitation». Un salaire qu’il juge «très très bon».

Prêt à fonder une famille, Tai se marie quatre ans plus tard à l’âge de 24 ans, avec une jeune femme professeur qui lui donnera trois enfants, une fille et deux garçons. Tous, à l’exception de son épouse décédée à Noël 1999, vivent encore à Shanghai aujourd’hui. «L’aîné a 61 ans et il est retraité, précise l’aïeul. Le second, 56 ans, travaille au service des taxis de Shanghai et la dernière, qui a 51 ans, est employée à l’Hôtel de la Paix.» Oui, le mythique Peace Hotel. Leur père, lui, est resté dans la Compagnie française de tramways durant 43 ans, jusqu’à sa retraite en 1986. Mais plus en tant que chef d’exploitation: à l’arrivée des troupes de Mao dans la concession, le petit commis devenu chef a été dégradé: «Je n’étais pas communiste…»



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Tags: Shanghai, Exposition universelle,

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