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Martin Scorsese s’égare dans «Shutter Island», polar schizophrène confus.
C’est entendu, avec Mean Streets, Taxi Driver ou Raging Bull, Martin Scorsese, par ailleurs cinéphile érudit et remarquable documentariste (No Direction Home: Bob Dylan), a ouvert une brèche dans le cinéma américain. Mais ne peut-on pas, respectueusement, se demander si son génie n’est pas un tantinet surévalué? Parce qu’il faut bien admettre qu’entre tambouilles insipides (Bringing out the Dead, Kundun) et gros machins pleins de bruit et de gras (Gangs of New York, The Aviator, Les infiltrés), le réalisateur italo-américain nous a infligés de bien indigestes fictions. La situation empire avec Shutter Island.
Grimaces. Sur l’île sauvage s’érige un hôpital psychiatrique où sont internés les criminels dangereux. Une patiente infanticide s’est évadée. Le marshall vient mener l’enquête. La tempête se lève... Ile mystérieuse, messages codés, psychopathes déchaînés et médecins inquiétants, c’est Vol au-dessus d’un nid de coucou chez les Dix petits nègres, une enquête policière recoupant une quête identitaire sur le modèle terrifiant de Angel Heart... Alliant énigme en huis clos et déréalisation du monde, le roman de Dennis Lehane est incontestablement anxiogène. Scorsese l’adapte à la truelle. Le flic grimace si fort sur le bateau qu’on sait d’emblée qu’il finira au cabanon. Vétéran de guerre, il a libéré Dachau (flash-back appuyés, musique de Mahler). Quant aux décors, ils évoquent plus un donjon médiéval dessiné par Piranèse qu’un hôpital psychiatrique.
Avant d’inspirer ce thriller bavard, confus, outré, Dennis Lehane a été adapté au cinéma, par Clint Eastwood (Mystic River) et par Ben Affleck (Gone Baby Gone). Deux réalisateurs dont le style sobre exprime une mélancolie térébrante, alors que l’agitation de Scorsese confine au grotesque.
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