DÉVOILÉS Pancho a élevé sa fille – née séropositive – dans la transparence, en révélant à l’école leur maladie. A 17 ans, Elodie mène une vie presque normale, y compris avec un petit ami sain. Eddy Mottaz
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Les électeurs ne partagent pas ce soulagement. Féru du net ? il achète l’iPad le jour de sa sortie aux USA mais écrit à la plume à bec ? Jean-Luc Romero voit s’élever une cybercampagne. Sur son blog, les injures homophobes et sérophobes se mêlent dans une haine brutale. En lui, les conservateurs rigoristes trouvent un bouc émissaire, qu’ils accusent d’être même responsable de la mort de jeunes sidéens, pour son mauvais exemple. Parmi ses pairs également, le malaise est patent. «Les hommes politiques ne parlent jamais de la maladie ou de la mort, observe-t-il. C’est vu comme un aveu de faiblesse. Beaucoup ont considéré que j’avais été impudique.»
Il n’y a guère que face aux séropositifs que le jeune quinquagénaire a été rasséréné. En tant que fondateur de l’association Elus locaux contre le sida, Jean-Luc Romero visite officiellement des séropositifs depuis 1995. «A l’époque, ils me remerciaient mais disaient que je ne comprendrais jamais ce que c’était de vivre avec le VIH...» Maintenant dévoilé, il reçoit un message par semaine sur Facebook de jeunes séropositifs en mal de repères.
Discriminations au travail. La vérité n’a pas pris la forme d’un tremplin pour sa carrière politique. Au contraire, elle s’est figée depuis. Quant à créer des vocations, l’échec est total: aucun personnage public ne s’est depuis risqué au coming out du sida, à l’exception de l’actrice Charlotte Valandrey, aux rôles épisodiques.
Vide social, obstacles et discrimination professionnels, la révélation du sida se paie cash. A l’Aide suisse contre le sida, le constat est alarmant: 40% des demandes de conseil juridique concernent les problèmes au travail, comme le mobbing ou le licenciement abusif, justifié par un prétexte alibi. Une enquête de 2003 du Fonds national suisse a révélé que trois quarts des personnes dont le sida avait été connu de l’employeur ont subi des conséquences négatives et 28% ont perdu leur travail. «La confidentialité est donc le premier souci de ceux qui nous contactent, explique Deborah Glejser, porte-parole du Groupe sida Genève. Ils craignent la rumeur et veulent garder la maîtrise sur la révélation.» L’association se passe donc d’en-tête sur ses enveloppes et voile son numéro de téléphone.
Chacun à leur échelle, Pancho, Elodie et Jean-Luc Romero sont des pionniers. Après avoir essuyé les plâtres, ils espèrent voir leurs semblables se jeter à l’eau, seul moyen pour dédramatiser l’annonce. En revanche, toute question inquisitrice de l’employeur reste illégale.?
«ON M’A DIT QUE JE FAISAIS DU TORT À ELODIE EN RÉVÉLANT NOTRE SÉROPOSITIVITÉ.» Pancho, Genevois, qui en a informé l’école de sa fille
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