PÉNURIE La Suisse romande manque de places pour ses détenus perturbés. Elle n’en a qu’une quarantaine, comme ici dans l’unité psychiatrique de la prison de la Tuilière (VD). François Wavre / Rezo
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Le respect de la dignité des détenus impose également des limites à leur surveillance. «On ne peut pas les filmer dans les cellules ou ouvrir leur porte toutes les trois minutes», souligne Georges Lapraz. Vaud a bien interdit le port de la ceinture en mai 2008 après une vague de suicides, mais il a renoncé à proscrire les rideaux de douche, un objet qui a pourtant servi dans l’un des cas. A Champ-Dollon, la suppression des lacets a été écartée pour ne pas obliger les prisonniers à traîner les pieds, un traitement jugé «dégradant». La France fournit des draps déchirables, des vêtements en papier et des matelas antifeu aux détenus les plus perturbés, mais cela n’empêche pas les tentatives: l’Observatoire international des prisons raconte le cas d’un détenu qui s’est mordu le poignet pour s’arracher les veines.
Il existe des périodes à risque. «L’incarcération préventive est un moment particulièrement délicat, détaille Ariel Eytan. Le détenu vit un choc carcéral: il perd ses repères, est séparé de ses proches et doit s’habituer à un univers autoritaire et à la vie en communauté.» Un tiers des suicides ont lieu pendant le premier mois; trois quarts la première année. Le détenu est également fragilisé juste avant sa sortie, surtout s’il a passé de longues années derrière les barreaux. C’est ce qui est arrivé à un homme incarcéré à la prison de Bellevue (NE) pour avoir assassiné sa femme et qui s’est tué à quelques jours de sa libération. Il n’a pas su comment affronter la vie en liberté avec le poids de sa culpabilité.
Les personnes avec un statut socioéconomique élevé qui voient leur vie s’effondrer d’un coup, les auteurs d’actes pédophiles très stigmatisés en prison ou ceux qui ont la mort d’un proche sur la conscience font également partie des personnes à risque. On observe en outre un étrange phénomène de séries, appelé copycat behaviour. En juillet 2006, deux détenus se suicident à la maison d’arrêt de Kriens (LU) à un jour d’intervalle. En août 2004, deux hommes se pendent à Thorberg (BE) durant la même semaine. Enfin, il y a tous les détenus entrés en prison avec des troubles psychologiques que la privation de liberté n’a fait qu’aggraver.
On touche ici l’essentiel. Les établissements pénitentiaires ont beau former leur personnel à la détection des prisonniers fragilisés ou établir une liste hebdomadaire des détenus à risque comme à Genève, la prison ne pourra jamais fournir un traitement approprié aux plus troublés. Ceux-ci n’ont pas toujours commis de délit très grave, mais doivent rester enfermés car ils représentent un danger pour eux-mêmes ou la société. On les condamne donc à une mesure thérapeutique ou à un internement de durée indéterminée. Il y en a environ 200 en Suisse. Skander Vogt en faisait partie.
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