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HORLOGERIE Simone Oppliger a documenté le déclin de la civilisation horlogère avec «Quand nous étions horlogers». Ici, la fabrique Longines, à Saint-Imier.

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Simone Oppliger : Images de racines et d'exils

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 01.09.2010 à 15:25

De l’hiver jurassien au soleil des tropiques, «Simone Oppliger, photographe», retrace la vie et l’œuvre d’une artiste disparue il y a quatre ans.

Du blanc de l’hiver au blanc de l’absence, de la neige jurassienne qu’un train traverse au blanc des mouettes qui cinglent vers le large, au blanc de l’écume qui ourle le Léman, jusqu’à la page blanche où les survivants consignent leurs souvenirs et tracent des mots d’amour, ce beau livre évoque par le texte et l’image le parcours de Simone Oppliger, photographe. S

tructuré en huit chapitres (Le temps, Amérique latine, Guerres, Exils, Les planches, Racines, Les corps, Voyages intérieurs), l’ouvrage s’articule autour d’un double mouvement: l’aspiration à l’évasion et la nécessité des racines.

Née à Renan, près de Saint-Imier, Simone Oppliger a tôt éprouvé le besoin de fuir ce coin de terre où l’hiver s’attarde.

Au cours de sa carrière, elle a tiré le portrait de ceux qui n’ont jamais quitté leur coin de terre comme celui des migrants jetés sur les routes de l’exil.

«Elle ne cessa de se demander: pourquoi sont-ils donc partis? La pauvreté, la guerre, bien sûr. Mais aussi, souvent, la fuite d’un milieu étouffant, le rêve d’un ailleurs prometteur», se souvient Jacques Pilet, son compagnon, qui rédige le texte introductif de chacun des chapitres.

«Elle est profondément d’ici, même si elle milite pour manifester l’ailleurs et l’exil», estime Charles-Henri Favrod en postface.

Fille d’horloger, Simone Oppliger conserve un lien profond avec la terre des origines et ses habitants taiseux. Ses photos témoignent des travaux des champs, de rituels immémoriaux: des mains aussi noueuses que les racines de gentianes qu’elles arrachent, la bouchoyade, la forêt pétrifiée par le givre...

«Chez moi, au Jura, la terre est si sérieuse», écrit-elle. En 1980, elle publie Quand nous étions horlogers, un livre magistral qui documente les mutations douloureuses du monde horloger, les usines qui ferment, le savoir-faire qui disparaît.

Ce témoignage photographique s’impose spontanément comme un «classique sur la civilisation jurassienne».

Figures de l’absence. Aux antipodes des longs hivers que rythme le tic-tac des horloges, Simone Oppliger part se frotter au soleil de l’Amérique latine.

Elle photographie aussi la guerre, au Vietnam et en Guinée-Bissau. En Suisse, elle rencontre nombre d’exilés, photographie les spectacles du Théâtre de Carouge.

Et puis, tandis que la maladie rétrécit l’horizon, la photographe se concentre sur des objets, cailloux, bois flottants, outils... Deux chaises vides, face au large ou dans une salle d’attente à l’hôpital, qui préfigurent l’absence.

Le temps a rattrapé la fille de l’horloger. Simone Oppliger s’éteint au printemps 2006, à 59 ans, des suites d’une longue maladie.

«Saisir l’intensité du présent. Simone Oppliger s’y employa sans cesse mais avec une application particulière lorsqu’elle vit approcher la fin du voyage. Le temps parut alors passer si vite.

Et dans les dernières heures, on lisait dans son regard comme un étonnement: déjà?» se souvient Jacques Pilet.

Simone Oppliger, photographe. Préface et édition scientifique d’Edith Bianchi. Textes de Michel Contat, Myriam Grobet-Mettan et Jacques Pilet. Entretien avec Charles-Henri Favrod. Bernard Campiche Editeur, CampImages, 170 p. En librairie fin septembre.


Réédition de "L'Amour Mortel"

En 1980, G., l’amie d’enfance de Simone Oppliger est assassinée par son amant. Les journaux consacrent trois lignes à ce drame passionnel.

Simone Oppliger, elle, veut comprendre les mécanismes de la tragédie et exorciser son deuil. En 1986, elle publie L’amour mortel.

Par le texte et par l’image, elle évoque l’amitié intense qu’elle partageait avec la belle G. et, par-delà, son histoire familiale difficile. Un récit poignant, adieu mélancolique aux rêves de l’enfance et interrogation sur le sens de la vie.

L’amour mortel. Textes et photos de Simone Oppliger. CamPoche, 160 p. Parution mi-septembre.





Tags: Simone Oppliger, photographie,

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