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Slavoj Zizek: Retour à la case communiste

Par Michel Audétat - Mis en ligne le 20.01.2010 à 16:44

Véritable rock star de la philosophie, ce Slovène extravagant publie un nouvel essai dans lequel il entend redonner de la vigueur à l’idée communiste.

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, l’idée communiste semble connaître un nouveau printemps philosophique. On observe un regain d’intérêt pour le penseur althussérien Jacques Rancière. Comme pour le vieil Alain Badiou, rescapé des années 60 et des fièvres maoïstes, dont les deux derniers livres ont été les plus inattendus des best-sellers. Mais on pense surtout à Slavoj Zizek, philosophe issu de la minuscule Slovénie, dont la renommée sulfureuse est devenue mondiale: le bandeau entourant son dernier le présente comme «le philosophe le plus dangereux d’Occident».

Slavoj Zizek fait paraître ces jours-ci un essai qui vise à requinquer l’idée communiste. Après la tragédie, la farce! est un livre hirsute, aux accents prophétiques: dressant le bilan d’un capitalisme libéral rongé par des contradictions insurmontables, il prédit même que l’avenir devrait se jouer entre le socialisme et le communisme. Féru de psychanalyse lacanienne, le philosophe résume son programme par une formule qui pastiche Marx: «Dans nos sociétés, les gauches critiques n’ont fait jusqu’à présent que souiller ceux qui sont au pouvoir; ce qui importe, c’est de les castrer...» Slavoj Zizek résiste toujours mal au plaisir d’une bonne provocation.

Son succès doit sans doute beaucoup à ce tempérament. On se délecte du personnage mal peigné, agité, tonitruant, zézayant, qui plonge la philosophie dans un bain d’extravagance balkanique. Le lire est un exercice parfois éprouvant, en particulier quand il brasse le jargon lacanien. Sa désinvolture intellectuelle peut agacer. Ses concepts restent souvent fumeux (comme cette idée communiste qu’il manipule sans vraiment la définir). Mais on sort de ses livres intrigué, dérangé, stimulé et récompensé par quelques passages d’une grande drôlerie: Slavoj Zizek est un marxiste de tendance Groucho.

La France réservée. Aux Etats-Unis, ses conférences sont prises d’assaut. A Buenos Aires, près de 2500 personnes se sont massées pour l’écouter philosopher en plein air. A Londres, Tokyo ou New Delhi, sa réputation n’est plus à faire. La France, en revanche, s’est longtemps montrée plus réservée sur ce philosophe sorti de nulle part.

A cet égard, une page est en train de se tourner. La récente venue de Slavoj Zizek à Paris aura été l’occasion d’une véritable intronisation. Philosophie magazine a organisé une rencontre entre le philosophe passionné de cinéma et Isabelle Huppert. Dans son émission Ce soir ou jamais (France 3), Frédéric Taddeï a confronté «la nouvelle vedette de la philosophie internationale» à trois intellectuels du cru (Cynthia Fleury, Guy Sorman et André Glucksmann) sollicités pour «se payer Zizek». Quant au Nouvel Observateur, il a décidé d’organiser le match au sommet en opposant l’énergumène slovène au champion hexagonal, Bernard-Henri Lévy bien sûr. Dans un livre qui paraîtra en février, De la guerre en philosophie, BHL se propose d’ailleurs de «philosopher contre la gidouille Zizek».

Cela fait rigoler l’intéressé que L’Hebdo a aussi rencontré à Paris, pour une interview à paraître dans notre supplément littéraire du 11 février: «Vous savez, glisse perfidement Zizek, quel est le problème de Bernard-Henri Lévy? Cela fait des années qu’il essaie de pénétrer le marché américain, avec le soutien de CNN, mais ça ne marche pas! Pour lui, c’est un mystère: comment se fait-il qu’Alain Badiou, le philosophe le plus radical de la gauche européenne, réussisse mieux que lui aux Etats-Unis. Moi, j’y vois plutôt un bon signe. Cela montre qu’on ne doit pas sous-estimer intellectuellement les Etats-Unis!»

Après la tragédie, la farce! Ou comment l’histoire se répète. De Slavoj Zizek. Traduit de l’anglais par Daniel Bismuth. Flammarion, 242 p.

EN FRANCE, BERNARD-HENRI LÉVY SE PROPOSE DE «PHILOSOPHER CONTRE LA GIDOUILLE ZIZEK».




Tags: Slavoj Zizek, "Après la tragédie, la farce! Ou comment l'histoire se répète.",

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Réaction de Piero
le 26.01.2010 à 17:23
Suffit-il d'être bien peigné pour, étant supposé savoir lire, faire...
 
Réaction de Marco
le 21.01.2010 à 08:28
Si BHL se tient face à Zizek comme Fienkelkraut face...
 



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