«Sois fort, ô toi le symbole de notre puissance économique!» Une injonction lancée officiellement tant au dollar américain qu’à l’euro. Les parrains de la jeune devise européenne n’ont ainsi pas cherché à contrer, ces dernières années, les analyses la présentant comme une rivale du billet vert. Le discours n’a pas changé: solidité de la monnaie et stabilité des prix constituent les objectifs affichés de politiques monétaires censées garantir prévisibilité des revenus et conservation de l’épargne de millions de citoyens confiants. A long terme, c’est une évidence. Mais à court terme, plusieurs pays de la zone euro sont menacés d’une déflation induite par les désendettements à venir, publics et privés. Ils se satisferaient d’un euro plus faiblard. A condition que tous les dirigeants européens continuent à psalmodier les vertus d’un euro costaud, même l’Allemagne trouverait son compte à une réalité un brin différente. Les pays partageant la monnaie unique commercent surtout entre eux. Pour le solde, les exportateurs vers l’Asie ou l’Amérique apprécieraient sans doute un coup de pouce du change. Outre-Atlantique, le dollar fort est un dogme aussi solide que sont courantes les politiques non avouées de dévaluation compétitive. De là à accepter de se faire prendre au mot par ses concurrents commerciaux, il y a un chemin aussi tortueux qu’entre les discours des beaux parleurs et leurs actes. Le jeu de la monnaie forte tient ces temps du poker menteur.
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