Soleure à l’heure des «Experts»
Depuis 45 ans, le rendez-vous du cinéma suisse défend la politique des auteurs. Mais les réalisateurs de 2009 ont d’autres références, d’autres envies.
CINÉMA. En 2006, nouvellement nommé à la tête de la section cinéma de l’OFC, Nicolas Bideau appelait de ses vœux un cinéma «populaire et de qualité». C’était l’époque des grandes espérances. Vitus, Mein Name ist Eugen, Die Herbstzeitlosen cassaient la baraque. Aujourd’hui, la conjoncture est plus morose.
Ivo Kummer se veut rassurant: «Je ne suis pas le porte-parole d’un hôpital. Le cinéma suisse n’est pas malade. Le cinéma suisse se porte bien. Ce qui lui manque c’est le courage et peut-être un peu de joie de vivre.» Le directeur des Journées de Soleure, l’homme qui n’a ni le temps ni l’envie de voir Avatar, règle ses comptes: «La formule “populaire et de qualité”, à l’enseigne de laquelle la Confédération nous a prédit de fabuleux succès a conduit à l’échec quatre ans après son lancement. Les “locomotives” tant vantées se sont rarement mises en branle.»
Ivo Kummer est l’apologiste infatigable d’un cinéma d’auteur pur et dur. Mais le festival s’ouvre avec Zwerge sprengen, de Christof Schertenleib. Sous son vernis de subversion (quelques nains de jardin dynamités), cette comédie consensuelle située en Emmenthal fait l’éloge du patriarcat protestant rural. Elle vise indéniablement la popularité télévisuelle. Quant à la qualité…
Les Journées de Soleure semblent en porte-à-faux entre leur idéal, faire entendre la voix des auteurs, et la réalité, puisque les jeunes réalisateurs dédaignent le cinéma engagé au profit du divertissement et se la jouent Experts, comme Xavier Ruiz dans Verso.
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