Soljenitsyne a rejoint l’archipel des héros
Décès. L’écrivain russe Alexandre Soljenitsyne s’est éteint le 3 août à Moscou. Retour sur 89 ans de lutte.
C’est un héros du XXe siècle. Un homme qui l’a incarné à tel point qu’il n’aurait pas dû lui survivre. Figure de proue de la dissidence en URSS, Alexandre Soljenitsyne a non seulement brisé le tabou sur le Goulag, mais il a surtout œuvré pour restaurer la solidarité d’une nation brisée par des décennies de délation.
C’est en 45 que tout commence. Artilleur au front, le jeune Alexandre est arrêté pour correspondance pessimiste. Il écope huit ans de Goulag, qui constitueront la substance de son travail d’écrivain du réel. A sa libération, il réchappe encore d’un cancer, ce qui parachève la perception messianique de sa mission.
En 1962, Khroutchev autorise la publication d’Une journée d’Ivan Denissovitch, qui aborde pour la première fois sans détour la réalité du Goulag. C’est un électrochoc dans la société, qui sent venir un air de liberté. Mais le vent tourne et l’écrivain est interdit de publication. En 1973, il publie à l’étranger L’Archipel du Goulag et le paiera de sa citoyenneté soviétique. Expulsé en 1974, il s’installe aux Etats-Unis, où il poursuit son travail d’historien autoproclamé.
Gorbatchev lui rend sa citoyenneté en 1990, mais l’amoureux de la grande Russie patiente encore quatre ans. Attendu comme un prophète, il y rencontre pourtant la désillusion. Sa voix n’a plus l’écho d’antan et l’émission télévisée qu’il tient sombre rapidement dans l’oubli.
Soljenitsyne persiste dans le débat public, mais la nouvelle génération lui reproche son autoritarisme, son nationalisme et sa susceptibilité. Début 2000, il publie une histoire des Juifs en Russie, qui le marque du sceau antisémite. Il finit par se retirer et continuera ses travaux, jusqu’à la fin.
Tags: Alexandre Soljenitsyne, décès, russe, Moscou,
|