Quatre syllabes aux mélodieuses consonances italophones ont déferlé sur la Confédération au lendemain des élections du Conseil fédéral. Si, actuellement, le nom des Sommaruga se trouve sous les feux de la rampe, tout porte à croire que le phénomène ne sera pas éphémère.
«IMAGINER QUE JE PUISSE UN JOUR ACCOMPLIR LE MILLIÈME DE CE QU’ONT RÉALISÉ MON PÈRE OU MON GRAND-PÈRE ME DONNE DES FRISSONS.» Samuel Sommaruga, membre des Jeunesses socialistes
Le patronyme, qui signifie littéralement «la plus haute colline», appelle à déplacer des montagnes. Génération après génération, cette famille, imprégnée par d’inflexibles valeurs de solidarité et d’engagement, a formé un grand nombre de personnalités, toutes fortes de la conviction de pouvoir changer le monde.
Aujourd’hui installés au bout du lac, les cousins éloignés de la conseillère fédérale illustrent cette soif d’influencer le destin du pays.
Amitié et tendresse. «J’ai un profond sentiment d’amitié pour Simonetta», explique Cornelio Sommaruga, le cousin éloigné de l’élue. Tous les deux, malgré leur différence d’âge, sont les descendants de Filippo, leur arrière-grand-père jadis établi au Tessin.
Très charismatique, Cornelio a un parcours de vie fascinant. Après avoir débuté une carrière diplomatique, ce docteur en droit occupe entre 1984 et 1986 le poste de secrétaire d’Etat aux affaires économiques extérieures sous la direction du conseiller fédéral Kurt Furgler.
En 1987, sa vie opère un tournant qui le marquera de façon radicale. Il est nommé secrétaire général du CICR, une prestigieuse position qu’il occupe avec passion et acharnement durant treize années. La chute du mur de Berlin ou encore l’atroce génocide du Rwanda font partie des titanesques défis qu’il affronte lors de son mandat.
Aujourd’hui, âgé de 78 ans et armé d’une vitalité surhumaine, Cornelio accumule les fonctions. Il est notamment président du Centre international de déminage humanitaire à Genève.
Il parle avec chaleur de la nouvelle conseillère fédérale donnant le sentiment qu’elle l’a toujours fasciné: «Je me rendais souvent dans sa maison à Sins, en Argovie, c’est son côté artistique qui a d’abord attiré mon attention.» Lorsque la jeune pianiste part à Rome perfectionner sa formation, Cornelio demande à sa mère, établie dans la capitale italienne, de veiller sur elle.
Des années plus tard, son entrée en politique et ses conséquents succès l’impressionnent: «Simonetta a toujours su conserver les valeurs du Parti socialiste tout en cherchant à établir des ponts, c’est pour moi la recette de son succès.»
Selon lui, la polémique autour de la nomination de sa cousine au Département de justice et police est un non-sens: «C’est une aubaine, les questions d’asile et de migration sont des thématiques qui me tiennent à cœur. Ces dossiers ont justement besoin d’une personnalité comme Simonetta, elle fera avancer ces affaires.»
Un avis qui n’est pas qu’une marque gratuite de sympathie. L’ancien secrétaire d’Etat sait de quoi il parle, lui qui a passé une bonne partie de sa vie au sein de l’administration fédérale et à gérer d’éminentes questions internationales, parmi lesquelles figure au premier plan la problématique des réfugiés et des autres migrants.
Aider au péril de sa vie. La solidarité et le sens de la famille sont les valeurs que Cornelio a toujours vaillamment défendues et que ses six enfants ont embrassées d’autant plus logiquement que leur mère les partage.
Carlo Sommaruga, conseiller national et secrétaire général de l’Asloca, raconte ainsi comment les récits de sa mère italienne, Ornella, l’ont marqué.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, celle qui deviendra la femme de Cornelio aide les Juifs italiens à se réfugier en Suisse. Chaque nuit, elle affrète, avec l’aide de ses sœurs, une barque sur le lac de Lugano pour sauver ces âmes désespérées. Un acte dangereux qu’elle réalise au péril de sa vie.
Des années plus tard, après la chute de Ceausescu en 1989, elle décide, à nouveau guidée par ses pulsions altruistes, de partir en Roumanie afin de s’occuper d’orphelins et d’autres enfants abandonnés aux chaotiques conditions de vie du moment.
Cependant, les récits héroïques des Sommaruga ne sont pas dénués de zones d’ombre. Cornelio se souvient amèrement d’une lettre de son père qu’il reçoit en plein cœur du Second Conflit mondial.
A l’époque la Confédération représentait les intérêts des pays belligérants à Rome. Le diplomate raconte «pathétiquement», dit son fils, un rituel auquel celui-ci est astreint: chaque matin, il doit hisser le drapeau nazi à l’ambassade de Suisse. Ce souvenir douloureux a marqué la conscience morale familiale.
Une nouvelle ère. Comme son père, Carlo Sommaruga est un homme du monde. Après avoir vécu dans de nombreuses villes européennes lors de son enfance, il s’embarque à 18 ans, sans un sou, à bord d’un cargo en tant que mousse afin de réaliser un pèlerinage de douze mois en Amérique latine.
Aujourd’hui, le politicien garde de fortes attaches à Genève où il éduque ses deux filles en compagnie de Sandrine Salerno, la maire socialiste de la cité.
Lorsqu’il parle de sa relation avec Simonetta, il la décrit comme étant «cordiale», et cela, en dépit de leurs âpres divergences idéologiques. Une «camarade» de parti? Non, l’élu socialiste précise fermement qu’il préfère parler de «collègue».
Et, déjà, la troisième génération s’annonce. «Imaginer que je puisse un jour accomplir le millième de ce qu’ont réalisé mon père ou mon grand-père me donne des frissons», explique Samuel, 22 ans, qui porte comme deuxième prénom celui de son illustre grand-père.
Avec son frère Jérémie, les deux autres fils de Carlo Sommaruga sont pour l’instant les seuls des seize petits-fils de Cornelio à avoir atteint la majorité.
La jeunesse de Samuel ne le retient pas de poursuivre frénétiquement les traces de sa famille. Engagé sur plusieurs fronts, le jeune militant a notamment rejoint le syndicat UNIA et les Jeunesses socialistes.
«Mes parents, mes grands-parents et mes arrière-grands-parents se sont toujours battus pour améliorer le quotidien des gens qui souffrent, j’espère un jour trouver ma place à Genève, en Suisse ou ailleurs, pour aider ces personnes à mon tour.» Le message, beau et percutant, laisse présager que l’ère des Sommaruga ne fait que commencer.
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