Songdo: un revers pour la Genève internationale

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 25.10.2012 à 09:13

Georges Andrey le raconte avec malice dans son histoire dela Suisse romande qui vient de paraître: la Genève internationale a failli ne pas exister! Les promoteurs de la Société des Nations ont hésité entre la ville du bout du lac et Lausanne. C’est la personnalité rayonnante de Gustave Ador, président du Comité international de la Croix-Rouge, qui a fait la différence. Les Alliés avaient aussi envisagé de choisir la Belgique. Les Français tenaient pour Bruxelles. Le président américain Wilson imposa la Suisse, qui avait su défendre sa neutralité.
L’anecdote mérite d’être rappelée au moment où Genève voit lui échapper le siège du Secrétariat du Fonds vert de l’ONU au profit de la ville sud-coréenne de Songdo. La concurrence pour accueillir les institutions internationales ne date pas d’hier. Au coeur de l’Europe, dotée tôt d’un aéroport intercontinental, Genève a bénéficié de près d’un siècle d’hégémonie. Le XXIe siècle, désormais installé dans de nouveaux rapports de force, redistribue les cartes. Il est logique et même souhaitable que des centres de décision de la gouvernance mondiale migrent désormais vers l’Asie.
Admettre cela n’est pas faire injure aux qualités de la Genève
internationale, encore récemment mises en avant lorsd’un débat public sur le soft power, organisé par Pierre-François Unger, le président du Conseil d’Etat. Mieux que d’autres, Genève sait réunir et convaincre
différents acteurs d’oeuvrer ensemble à l’élaboration de solutions – ou de normes – reprises ensuite par consentement mutuel. Ce soft power doit être mieux valorisé.
Toutefois, à trop glorifier l’esprit de Genève dans son caractère exceptionnel, on risque d’oublier ce qu’il doit à la Suisse. La manie du consensus, l’art de l’arbitrage entre pairs et le respect des différences ne sont pas des qualités uniquement genevoises: elles sont suisses de longue date. Reconnaître la part helvétique dans l’ADN de la Genève
internationale permettrait peut-être de combattre la molle indifférence de la Berne fédérale et des Alémaniques aux aléas de la place diplomatique phare du pays. Cet aveu de filiation paraît d’autant plus nécessaire que la sensibilité des autres Confédérés aux enjeux de la politique internationale est au plus bas.
Restera alors à trancher une question: Genève et la Suisseont été pour les Etats-Unis un point d’ancrage, une oasis au coeur de l’Europe, non soumis au droit de l’Union européenne, mais qu’en sera-t-il demain? Sous prétexte d’échapper à l’emprise de l’UE, souhaitons-nous devenir une tête de pont pour la Chine, ce nouveau maître du monde?
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