Dans sa maison aux petites pièces borgnes qu’elle est parvenue à transformer, avec son compagnon, en lieu d’air et de lumière, Brigitte Hool virevolte comme un elfe. Aussi vive et pimpante que sur scène où, passant avec élégance d’un rôle taquin à un rôle dramatique, elle accroche ses guirlandes vocales, ses gestes et mimiques, son tempérament, son plaisir du jeu. Tisane aux boutons de rose, tarte aux abricots: gourmande, elle laisse les mots débouler en un flux généreux.
Sa carrière de chanteuse, toute fraîche, a démarré en flèche il y a cinq ans à peine. Auparavant, la jeune femme a étudié le violoncelle et obtenu des titres universitaires agrémentés de divers prix d’excellence. Ainsi qu’un diplôme d’enseignement de yoga! Elle admet en riant ne pas savoir faire les choses à moitié: «Je n’ai jamais mesuré le temps et l’énergie que je mettais dans mes études.
Je me suis toujours engagée à fond. Et je continue à le faire, c’est ma manière de me sentir bien.» Elle mentionne aussi le Chœur de l’Université de Neuchâtel qu’elle a créé et dirigé… et qui lui a permis d’entrer avec délectation dans l’univers de la voix. Etudes de chant, perfectionnement auprès de Grace Bumbry à Salzbourg puis de Mirella Freni à Modène. Là encore que du bonheur, des prix, des encouragements, et le début de l’aventure de soliste.
Parcours colorés. Mêlant candeur efficace, opiniâtreté, goût du risque et de l’imaginaire, Brigitte Hool s’invente des parcours colorés. Elle investit avec aplomb les rôles lyriques qu’on lui propose, en Suisse, en France, en Italie, mais n’en reste pas là. «Un chanteur s’exprime avec sa voix, bien sûr, mais l’essentiel est ailleurs: dans la conscience et la mise en évidence de sa personnalité, de son côté parfaitement unique…» C’est à cette recherche et à ce don de soi qu’elle travaille, prompte aussi à débusquer et à faire rayonner le côté «unique et précieux» des étudiants qu’elle «coache» ou des musiciens avec lesquels elle partage la scène. Heureuse du succès des autres autant que du sien. Convaincue que le talent, comme le bonheur, est contagieux. Le sien vient d’ailleurs d’être récompensé par le prix Trofémina Tentation 2010, qui récompense les femmes exceptionnelles.
Pour l’instant, elle s’enthousiasme du menu concocté pour l’ouverture du Festival de Saint-Prex dont elle est l’invitée fétiche au côté du violoncelliste Gautier Capuçon. Le Français y figure avec son épouse, la violoncelliste Delphine Capuçon, Brigitte Hool y figure au côté de son compagnon Marc-Antoine (dit Jess Miraga), guitariste, compositeur et chanteur «à la Dylan», dit-elle. Elle détaille, ravie, les diverses facettes de ce concert ponctué de surprises, entre des airs d’opéras, des transcriptions de duos pour voix et violoncelle, une version revisitée et totalement inédite de l’Ave Maria de Schubert, une composition de son amoureux…
Bosseuse et détendue, Brigitte Hool n’a peur de rien. Capital confiance inébranlable. Elle accueille toutes les occasions et les rôles avec la même ferveur, adorant faire rire, émue et fière de savoir aussi faire pleurer, jonglant entre tissus, costumes, vocalises, émotions. Galvanisée par l’esprit de troupe qu’elle a expérimenté à l’Opéra de Lausanne ou dans le cadre des productions loufoques de Digest Opera imaginées par le duo Lapp et Simon, elle cherche à l’insuffler à toutes les productions auxquelles elle participe. Elle rêverait d’un dicton qui affirmerait «Complices comme sopranos»: «Imaginez que Tebaldi et Callas, ces deux rivales mythiques, aient pu se parler, partager leurs expériences et leurs questions…»
Brigitte Hool a le goût du bonheur, un petit vélo acrobate dans la tête et la voix qui voyage. Tout simplement.
Saint-Prex. Eglise romane. Ve 20, 20 h. Sa 21, 19 h. Festival de Saint-Prex. Du 20 au 29 août. Rens. 021 806 30 45 ou TicketCorner. www.stprexfestival.com
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