L'Hebdo;
2005-09-15 SOS mamans catastrophes
Romans Les mères abusives, déprimées, destructrices, hantent les pages de la rentrée littéraire.
Mamma mia! Quelle misère, les mères! Nous avions Guy Bedos - «Ma mère, quand elle a arrêté de me faire peur, a commencé à me faire honte» - et Ingmar Bergman - «Une fille qui souffre, c'est une mère qui triomphe». Désormais nous aurons aussi Régis Jauffret - «L'alcool a été inventé pour supporter les mères». Et Christophe Honoré, Olivier Adam, Lydie Salvayre, Frédéric Roux... C'est fou ce que les mères inspirent les écrivains, cet automne. Et pas les mamans douces des chansons jolies. Non. Les mères dures et folles qui ne savent pas prononcer un je t'aime, qui ne savent rien dire, qui ne savent pas vivre, qui ne savent que haïr et mourir et puis faire mourir leurs enfants de chagrin et de honte. Ou écrire des livres, forcément très beaux, remplis de larmes, de sang et de hargne.
Image reconstituée Dans Le livre pour enfants (L'Olivier) de Christophe Honoré, la mère pleure. Sa soeur veut sauter par la fenêtre, sa famille est folle, elle aussi, un peu. Le narrateur craint que le père ne gifle la mère, mais se contente de constater que le père ne la prend pas dans les bras quand elle pleure. La chaîne Arte lui commande un film sur ses parents, il refuse. «A dix ans, j'aurais répondu avec le plus grand sérieux, sans malice, que mon père est un poète et ma mère est folle.»
La mère d'Olivier Adam, dans Falaises (L'Olivier), s'est jetée du haut des falaises d'Etretat et chaque année, le narrateur y revient en pèlerinage. «J'ai 31 ans et ma vie commence ainsi, perdue dans la nuit maritime.» Sa mère marche sur la lande comme une fée somnambule. Il garde l'image précise et pourtant reconstituée du corps de sa mère chutant dans la nuit. Avant cela, il ne se souvient de rien. D'elle, à peine - «trop fragile, discrète, aux ongles rongés (...). Ses gestes d'amour, encombrants, démesurés, et toujours à contretemps.»
Le narrateur de La méthode Mila (Seuil), signée Lydie Salvayre, prend sa vieille mère chez lui, vingt ans après avoir fui son amour avide. Loin d'adoucir ensemble leurs solitudes, c'est l'enfer qui commence. «Enfant, je considérais ma maman comme une sainte femme.» Aujourd'hui, sa mère va mal, et le coupable, c'est lui.
jalousie du père «Celle qu'il faut assassiner, c'est la mère», sans doute, et certainement pour Frédéric Roux, qui fait feu dans Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer (Grasset). La mère de son enfance cabossée est égoïste et taiseuse. «Mort une première fois» au décès de son père, le narrateur se fait mettre dehors pas sa mère. «Elle ne s'est jamais excusée de sa vie puisqu'elle n'avait jamais tort. Comme une bête n'a jamais tort. Si je n'avais pas eu la chance d'aimer ma femme et que ma femme m'aime, ma mère m'aurait rendu fou.» Son père est mort, sa mère est morte. «J'ai essayé de ne commettre aucune des erreurs qu'ils ont commises, mais si je leur crachais à la gueule, le crachat reviendrait dans la mienne. Elle s'était interdite de lui dire qu'elle l'aimait, pour ne pas envenimer la jalousie du père. «Ecrire est, je le suppose, l'un des moyens que j'ai employé pour retenir son attention. Sans succès.»
C'est que «toutes les familles sont des asiles de fous», écrit Régis Jauffret dans Asiles de fous (Gallimard), justement. Une galerie des horreurs dans laquelle une mère pousse son fils à quitter sa femme, va même rompre à sa place, par amour bien sûr. «Tu es folle», constate le fils. «Non, je suis ta mère.» Imparable. |
Isabelle Falconnier
«Si je n'avais pas eu la chance d'aimer ma femme et que ma femme m'aime, ma mère m'aurait rendu fou.»
Frédéric Roux
«Toutes les familles sont des asiles de fous.»
Régis Jauffret
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