545 millions de francs. C’est la somme investie, au cours des deux dernières années, par une trentaine d’institutions financières suisses dans un échantillon de sept entreprises, sélectionnées par les organisations non gouvernementales Netwerk et IKV Pax Christi. Les critères? Ces sept entreprises (voir encadré) «produisent avec certitude» des bombes à sousmunitions. Ces armes, utilisées récemment dans les guerres du Liban, d’Irak ou d’Afghanistan, sont particulièrement cruelles pour les civils. Fragmentées de manière aléatoire sur une certaine surface, elles restent souvent intactes et sont donc un danger à long terme pour les territoires affectés, comme les mines antipersonnel. Selon Paul Vermeulen, directeur de Handicap International Suisse, les stocks mondiaux de cluster bombs dépasseraient les deux milliards.
Les deux banques suisses qui ont le plus gros volume de participations sont UBS et Credit Suisse. Fait intéressant, ce volume a diminué de moitié depuis le premier rapport réalisé par les mêmes auteurs, en octobre 2009. Il est trop tôt, cependant, pour en tirer des conclusions sur un possible changement de politique. «Le Credit Suisse ne détient en règle générale pas de telles actions pour lui-même, mais sur demande et pour répondre aux souhaits de clients», rappelle Alex Biscaro, porte-parole de la banque. Quant à UBS, elle a récemment décidé d’exclure, par principe, les sociétés fabriquant de telles armes de ses fonds basés en Suisse ou au Luxembourg, selon son porte-parole Jean-Raphael Fontannaz.
Les autres instituts concernés, comme Swisscanto ou Pictet, soulignent que la plupart de leurs participations dans des entreprises telles que Lockheed Martin ou Textron sont le fait de fonds qui répliquent un indice boursier. Et donc regroupent, par exemple, les 500 compagnies américaines les plus grosses. Selon eux, un tel fonds ne peut ignorer ces entreprises. Une interprétation contestée par les auteurs du rapport.

Sanctions possibles. Néanmoins, Paul Vermeulen est confiant: la Convention internationale sur les sous-munitions a déjà été ratifiée par trente pays, et même les Etats-Unis, non signataires, interdiront leur utilisation dès 2018. Mais pour que la mesure fonctionne, il faut aussi interdire tout financement, direct ou indirect, des entreprises qui en fabriquent. En Suisse, c’est le sens des motions, adoptées par les Chambres fédérales, du conseiller national Hugues Hiltpold (PLR/GE) et de la conseillère aux Etats Liliane Maury Pasquier (PS/GE). Les dispositions qu’elles contiennent ont de bonnes chances de figurer dans la prochaine révision de la Loi fédérale sur le matériel de guerre, qui sera soumise cette année à l’Assemblée. Cela pourrait, à terme, permettre des sanctions contre les établissements qui continueraient à proposer de tels investissements.
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