Speed dating des apprentis
RECRUTEMENT. Employeurs et adolescents se rencontrent en express à la Cité des métiers de Genève. Une réunion de la dernière chance, en dix minutes.
Timides mais débordants d’espoir, ils s’alignent sagement à la queue leu leu. Avec une pointe d’effroi, ils fixent ces tables cruellement proches les unes des autres, qui ne laissent aucune chance d’intimité. Leur tour venu, c’est aux employeurs et aux oreilles indiscrètes que ces adolescents vanteront leurs propres mérites. A la clé, une place d’apprentissage. A condition d’avoir convaincu en dix minutes.
C’est la fin de juin à la Cité des métiers de Genève. A cette date, les jeunes en rade de projets pour la rentrée s’agitent. Ils affluent alors vers les locaux de l’Office cantonal d’orientation (OFPC), qui organise depuis l’an dernier des après-midi de recrutement en direct. Alors qu’il se pratique à l’étranger, ce speed dating de l’apprentissage est une exclusivité genevoise en Suisse. «C’est une opportunité de contact entre entreprises et candidats, explique Grégoire Evéquoz, qui dirige l’OFPC. Mais aussi une expérience éducative: les patrons peuvent indiquer aux jeunes où sont leurs lacunes.» De Citroën à la familiale Duo d’Art, les entrepreneurs proviennent de tous horizons. Et pour eux comme pour les candidats, cette rencontre a un goût de dernière chance.
Mal préparés. Vue de Login, qui recrute pour les CFF, Swiss et les Transports publics genevois, l’occasion est en or. «Nous avons peu de candidatures à Genève, où les jeunes visent plutôt à être employés de commerce», explique Daniel Delaloye. Ainsi, Login tente de faire connaître ses métiers de terrain, afin de cesser de recourir aux jeunes Vaudois pour accomplir les tâches manuelles de Genève.
Au Bongénie, c’est à la suite de la rareté et de la médiocrité des candidatures que Claudio Mazzotti s’est tourné vers le recrutement en direct. La file s’allonge devant sa table, preuve de la convoitise que suscitent les métiers de la vente. «Même si les conditions sont intimidantes pour les jeunes, ces rencontres permettent de réaliser immédiatement si le profil ne convient pas. En revanche, les adolescents dans leur ensemble ne savent absolument pas comment se vendre.» Dans la file, en attendant de l’affronter, Lea se remémore ses atouts: souriante, le contact facile, l’esprit d’initiative. «Il faut leur montrer qu’on est motivés», assure la fille de 16 ans. Comment? «Euh, c’est déjà la fin de juin, alors je dirai que je dois vite trouver quelque chose...»
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