Responsable de la nouvelle division Asset Management & Trading de la Banque cantonale vaudoise (BCV), Stefan Bichsel veut se créer une clientèle alémanique.
Quels sont vos projets pour la division Asset Management et Trading?
La banque a identifié l’Asset Management comme étant porteur de croissance. Nous allons proposer nos services bien au-delà du canton de Vaud: dans le reste de la Suisse romande et en Suisse alémanique. Il n’y a pas beaucoup de banques actuellement qui ont un rating en progression, sont très bien capitalisées, affichent une stratégie de croissance et n’ont fermé aucun produit pendant la crise. C’est notre cas et c’est rassurant pour les clients.
Un des points forts de notre organisation réside dans le fait que toute la politique de placement de la BCV – pour les environ 75 milliards de francs confiés – est conçue par une seule équipe: l’Asset Management. Elle est ensuite déclinée pour le Private Banking, la clientèle institutionnelle ou les clients de la banque de détail. Et les produits – fonds de placement, certificats ou structurés – sont utilisés dans ce cadre selon leurs caractéristiques propres.
Comment définir une stratégie convenant à la fois à un client de la gestion de fortune privée et à une caisse de pension?
Le point de départ est toujours le client avec ses besoins spécifiques. Il faut ensuite construire une allocation d’actifs stratégique cohérente prenant en compte les différentes classes d’actifs, les zones géographiques et les styles de placements. Ce processus est piloté par le chef stratégiste de la banque: Fernando Martins da Silva. Il y a des moments où il est aisé de définir une vision à trois ou cinq ans; actuellement, nous pilotons plutôt à vue avec une opinion valable pour trois à six mois. Nous sommes, par exemple, positifs pour l’instant pour les actions – en étant surpondérés – mais nous pourrions changer d’avis rapidement.
Peut-on encore espérer que les actions offrent plus de performance à long terme que d’autres actifs?
Nous estimons qu’acheter des titres avec l’intention de les garder à long terme – le buy and hold – n’est pas une stratégie adaptée au contexte actuel. Il convient d’avoir une vision à long terme mais aussi de savoir être opportuniste et réactif à court terme, en prenant des décisions plus fréquentes. En combinant diversification des classes d’actifs et des styles de gestion nous obtenons des portefeuilles beaucoup plus stables. La BCV affiche de bons rendements sur ses mandats balancés: 12 à 13% l’an dernier. La gestion du risque, dont le risque de liquidité, est essentielle et doit être intégrée dans notre processus.
Combien avez-vous de clients en gestion institutionnelle?
Plusieurs centaines: l’Asset Management a été développé de longue date par la BCV: nous avons une fondation commune qui a fêté ses 30 ans l’année dernière et la direction de fonds a 40 ans cette année.
Quel est l’effectif de votre division?
Elle emploie plus de 200 personnes entre l’Asset Management, avec une centaine de personnes, la salle des marchés et Gérifonds, notre direction de fonds de placement.
Y a-t-il un montant idéal sous gestion pour une telle division?
Je ne pense pas, mais la stratégie doit être adaptée à ses propres possibilités. Dans la gestion de portefeuilles, l’expertise qui fait la différence et alimente la performance finale est l’allocation d’actifs. Pour construire une bonne allocation, il faut une équipe compétente. Et nous l’avons ici. Cette expertise peut facilement être exploitée en Suisse alémanique parce que la culture d’une caisse de pension n’est pas différente à Zurich, Lausanne ou Genève. On pourrait aussi exporter ce savoir-faire à l’étranger, même si ce n’est pas notre objectif pour le moment.
Allez-vous concurrencer la ZKB?
Nos principaux concurrents seront les grandes banques, les banquiers privés, quelques banques étrangères. La ZKB est à la fois un partenaire dans certains domaines et un concurrent dans d’autres. La BCV est sans doute la seule banque en Suisse à proposer une offre complète pour le 2e pilier: pour l’actif comme pour le passif. Certains clients ne nous mandatent que pour l’actuariat, d’autres pour la gestion et d’autres pour le tout.
Et ouvrir une succursale outre-Sarine?
Nous allons déjà renforcer notre équipe de vente, de conseils et de communication. Il est aussi possible que nous ouvrions un bureau de services en Suisse alémanique pour être plus proches des clients.
En tant que banque suisse pourriez-vous prendre des mandats pour une caisse de pension dans l’Union européenne?
Une caisse de pension de l’UE doit confier ses mandats à des gestionnaires installés sur le territoire de l’Union; mais nous travaillons comme conseiller d’un gestionnaire communautaire.
Les banques suisses pourraient-elles exporter leur savoir-faire en gestion institutionnelle?
Je le pense: notre système de prévoyance est moderne et dispose d’une fortune de quelque 600 milliards. En Europe, deux pays ont une prévoyance professionnelle très développée et qui fonctionne bien: la Suisse et la Hollande. La garantie d’une bonne prévoyance à long terme tient avant tout à la qualité de l’Asset Management, car pour pouvoir consommer un capital il faut d’abord le constituer. Mieux vaut donc se concentrer sur la gestion et acheter les éléments d’assurance comme le font les caisses de pension suisses et hollandaises.
Version longue de l’interview sur le blog Finance
STEFAN BICHSEL
Responsable de la division Asset Management & Trading de la BCV. Avocat, il débute à UBS et chez Pictet. En 1994, devient le 1er CEO de Swissca Holding AG (Swisscanto). Dès 2002, membre de la direction générale de Robeco Group à Rotterdam. En 2006, associé du Holding Group LODH. A présidé la SFA (Swiss Funds Association) et l’EFAMA (European Fund and Asset Management Association).
«LA GARANTIE D’UNE BONNE PRÉVOYANCE À LONG TERME TIENT AVANT TOUT À LA QUALITÉ DE L’ASSET MANAGEMENT.»
Tags: Stefan Bichsel, BCV, Asset Management & Trading,
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