ARCHIVES
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ARCHIVES >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Stefan Catsicas: les bonnes idées qui dérangent

Mis en ligne le 20.02.2003 à 00:00

L'Hebdo; 2003-02-20

Stefan Catsicas: les bonnes idées qui dérangent

Genève Partenariat avec Alinghi, nouvelle filière académique, publications multiples et prestigieuses: le candidat au rectorat enfièvre l'Alma Mater.

Une aiguille plantée dans la peau. Depuis que Stefan Catsicas, actuel responsable de la recherche à l'EPFL, a été fortement encouragé à se présenter comme candidat au poste de recteur par certains des membres de la commission de désignation, des professeurs aux étudiants de l'Université de Genève, c'est toute l'académie qui réagit, comme si ce simple nom lui mettait les nerfs à fleur de peau.

Entre ceux qui craignent pour leur pré carré sur le mode «touche pas à ma chaire», ceux qui redoutent un changement trop brutal ou qui, plus simplement, honnissent tout bouleversement et ceux, enfin, qui voient en Stefan Catsicas un homme qui conduirait leur uni comme un hors-bord alors que c'est un grand navire à ménager, cette candidature suscite moult résistances. Mais il y a aussi ceux qui sourient d'aise à la simple idée que ce candidat puisse être nommé plutôt qu'un autre papable - Suzanne Sutter actuelle chef de la pédiatrie à l'Hôpital cantonal, Andreas Auer, doyen de la faculté de droit, ou Maurice Bourquin, actuel recteur. Et pour cause.

La candidature de Stefan Catsicas possède en effet quelques stimulantes curiosités. D'abord, il croit possible la mise sur pied du projet de pôle d'excellence de l'Arc lémanique. Lausanne et Genève, deux unis et une école polytechnique «douées d'un potentiel scientifique extraordinaire» tirant à la même corde, collaborant étroitement, fomentant des projets communs susceptibles de distinguer plus souvent encore qu'aujourd'hui les chercheurs suisses sur la scène scientifique internationale. «Quand la marée monte tous les bateaux montent», aime à répéter le candidat recteur citant John Kennedy.

Sur un plan plus large ensuite, la nomination de Stefan Catsicas ancrerait encore davantage le nouveau rapport de force - beaucoup plus équilibré - qui s'est établi entre la Suisse romande et Zurich après l'arrivée de Patrick Aebischer à la tête de l'EPFL. Comme d'autre parlent aujourd'hui d'«axe du mal», la «NZZ» avait en son temps surnommé l'équipe du poly romand qui avait l'outrecuidance de s'engager sur les mêmes terrains de recherche que l'EPFZ (soit le lien entre l'ingénierie et les sciences du vivant - et donc, de menacer ses subsides confédéraux), d'«axe welsche Ruth Dreifuss-Charles Kleiber-Francis Waldvogel-Patrick Aebischer». Pour être prestigieux, le grand quotidien zurichois n'en avait pas moins omis un nom lors de son enquête: celui de Catsicas. Car le chercheur participe depuis plusieurs années étroitement à cette réflexion, il est aussi passionné par les sciences du vivant et son arrivée à Genève - sortie première pour les sciences exactes et naturelles dans le classement de Swissup - renforcerait le projet développé jusqu'ici à l'EPFL. Cela, même s'il est en réalité «beaucoup plus indépendant» de son actuel patron, s'empresse-t-il de préciser, que ses détracteurs veulent le laisser croire.

Collèges de compétences

Ensuite, Stefan Catsicas fourmille d'idées. Le partenariat avec Alinghi, c'est lui. Ou tout au moins lui qui l'a initialisé. C'est ce qu'il nomme habilement un «bouclier académique». En d'autres termes: un coup médiatique sans précédent qui fait parler de l'EPFL dans le monde entier et qui assure en conséquence aux autres chercheurs de l'institution une forme de rente de paix intellectuelle: jouir de temps pour mener leurs recherches sans obligation de résultats, la maison ayant réalisé un coup qui assure sa renommée pour longtemps.

S'il accédait au poste de recteur, qu'en ferait-il? L'une de ses idées fortes est sans doute la création de collèges d'excellence, «oasis de liberté académique» qu'il imagine idéalement émergeant dans chacun des centres universitaires de la Suisse, pour créer un réseau intégré d'unis, mais surtout pour l'heure bien sûr, à Genève.

Un exemple concret? La création d'une filière de formation pour les étudiants qui se destinent aux organisations internationales comme l'OMS, l'ONU, l'OMC en mettant en relation étroite l'université et ces mêmes organisations pour établir un cursus ensemble. «La masse d'expertise en organisation internationale à Genève n'a d'égale que New York, nous nous devons d'utiliser davantage cette compétence de gestion.» La Suisse romande, dit-il, «aurait les moyens de mieux participer à l'ESA, elle dispose de plusieurs chaires qu'il suffirait de mettre en lien, ce centre de technologie spatiale aurait par exemple pour porte-drapeau Claude Nicollier». Car pour lui, foin d'angélisme, la visibilité de ces pôles de compétences est assurée par «une pêche aux stars» - (terme qui hérisse généralement la communauté scientifique). Catsicas s'est fixé pour mission d'attirer les grands noms sur le campus de l'EPFL. Il vient d'arrêter sur sa route pour le MIT de Boston, Henry Markram réputé pour ses recherches en neurosciences.

Etablir le lien avec le privé pour valoriser la recherche, ne pas avoir peur de se salir les mains comme le redoutent tant de scientifiques en cherchant d'autres sources de financement pour l'université, c'est aussi une des particularités du candidat recteur. Son parcours trahit cette double appartenance privée-publique, puisqu'il a à la fois contribué à monter le Glaxo Institute et qu'il travaille depuis de longues années dans l'institution publique. Il semble d'ailleurs que parmi les membres de la commission de désignation qui l'ont poussé à se porter candidat, on trouve surtout des personnalités de l'industrie. Ce groupe n'est-il pas dirigé par Bernard Koechlin, lui-même président d'honneur de Zschokke?

Reste une ombre et d'importance. Stefan Catsicas est un OSNI (objet scientifique non identifié) dans la constellation universitaire. Inclassable parce qu'étant tout à la fois chercheur (il publie une moyenne de cinq articles dans les plus prestigieuses revues scientifiques) mais aussi gestionnaire, scientifique mais connaisseur du monde industriel, homme de laboratoire mais aussi de médias, beau parleur, trop beau parleur lui reproche-t-on, «il vend ses projets avant qu'ils soient réalisés», soupçonné de participer à la volonté d'hégémonie de la nouvelle direction de l'EPFL, Catsicas crispe beaucoup de monde dans le milieu de la recherche. Et cela se ressent sur la gestion: l'équipe dirigeante peine à dépasser les violentes querelles qui l'opposent à l'Université de Lausanne, avec laquelle elle est pourtant censée collaborer. A l'époque de la nomination de Patrick Aebischer qui avait lui-même eu à subir une campagne de dénigrement, Stefan Catsicas, alors pressenti pour la vice-présidence de l'EPFL, avait subi de très fortes pressions. Comme si l'académie développait lors de ces processus de nomination des anticorps contre la différence. Son annonce pour recruter le candidat idéal trahit d'ailleurs cette vue d'un monde enfermé sur lui-même. Elle prend bien soin de préciser: la connaissance de l'allemand serait souhaitable. Aucune autre langue n'est mentionnée.

Décidément, la désignation des cadres universitaires peine à illustrer l'axiome qui préside à toute recherche: c'est de la prise de risque que naît l'innovation.

Béatrice Schaad

STEFAN CATSICAS Dans la constellation universitaire un véritable OSNI (objet scientifique non identifié).





Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.