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Aviation
Stelios Haji-Ioannou: «Le modèle low-cost n'est pas en péril»

Par Renata Vujica - Mis en ligne le 28.07.2010 à 14:00

Les retards des vols easyJet agacent les voyageurs. Le fondateur de la compagnie attaque le management actuel. Entretien.

 
EasyJet risque de perdre son nom. Depuis la semaine dernière, Stelios Haji-Ioannou, le fondateur de la compagnie low-cost et détenteur de la marque «Easy», menace de lui retirer sa licence. En cause, la publication par l’aéroport londonien Gatwick d’un rapport accablant sur la ponctualité de la flotte. Sir Stelios Haji-Ioannou, actionnaire de la compagnie à hauteur de 38%, n’en est pas à son premier conflit avec easyJet. En juin dernier, il a quitté le conseil d’administration de la compagnie suite à un désaccord avec les managers sur leur stratégie d’expansion. Aujourd’hui, Stelios part en véritable guerre contre son bébé, qui menace le reste de son business.

Vous menacez de retirer sa concession à easyJet, votre premier succès, dont vous êtes encore l’actionnaire majoritaire. N’est-ce pas un geste autodestructeur?

La stratégie actuelle d’easyJet, qui crée de nombreux retards, nuit à la marque Easy, dont je suis le propriétaire. Il est nécessaire de régler ce problème. Mes préoccupations portent sur le long terme, non sur l’immédiat. Je suis donc sûr que les actions que j’entreprends aujourd’hui sont les bonnes.

Craignez-vous que les récents déboires d’easyJet provoquent une baisse de fréquentation, voire un boycott de la compagnie low-cost?

Il se pourrait que les clients rechignent à effectuer de nouvelles réservations, ou qu’ils paient moins dans le futur. Mais le terme «boycotter» me semble inapproprié. Les clients choisissent une compagnie pour de nombreuses raisons, dont la ponctualité. Je pense que les utilisateurs comprennent que cette situation est temporaire. Mais il est nécessaire de régler le problème rapidement.

Les déboires d’easyJet sont-ils le signe d’un essoufflement de l’aviation low-cost?

Les problèmes d’easyJet n’ont rien à voir avec le modèle lowcost. Ils sont le fait de la mauvaise gestion d’un manager spécifique, Andy Harrison, qui a quitté easyJet au début du mois. Harrison savait qu’il partirait. Il voulait toucher un bonus mirobolant. Il a donc axé sa stratégie de croissance sur le court terme. Il a congédié toute la flotte en hiver pour gonfler les chiffres de la compagnie. La compagnie n’avait pas assez de temps pour trouver du personnel pour l’été. D’où les retards. Le modèle low-cost en tant que tel n’est pas en péril.

D’aucuns disent que la stratégie d’expansion d’easyJet empiète sur vos platebandes et met à mal les autres activités de la marque, comme easyHotel. N’est-ce pas la vraie raison de vos tensions avec l’opérateur low-cost?

C’est l’une des raisons de nos différends. Il existe un contrat entre easyJet et la marque Easy, qui limite la stratégie d’expansion de la compagnie low-cost. Or, dans leurs manœuvres actuelles, les managers d’easyJet ne respectent pas ce contrat. Ils se donnent le droit d’étendre leurs activités au-delà du cadre légal. Un juge les contredirait.

Avez-vous protesté contre la stratégie d’expansion des managers lorsque vous étiez membre du conseil d’administration d’easyJet?

Oui, bien entendu. C’est la raison pour laquelle j’ai quitté le conseil d’administration en juin.

Vous sentez-vous trahi par les directeurs d’easyJet?

Je pense que le management de M. Harrison a été très mauvais lors de ses derniers mois de service. Il a pris de mauvaises décisions, mais je n’utiliserais pas le mot «trahir».

La gestion d’easyJet vous atteint-elle à un niveau plus personnel?

Le problème n’est pas personnel. Il s’agit de business et de management.

Comment voyez-vous l’avenir de vos relations avec les responsables d’easyJet?

Je ne sais pas. Nous sommes déjà allés au tribunal. Aujourd’hui, la compagnie nuit à la marque Easy. Il se pourrait donc que nous devions y retourner.

Envisagez-vous de vendre vos actions easyJet?

Il est clair que je ne le dévoilerai pas.

EasyJet a été le coup d’éclat de votre carrière. Vous vous êtes ensuite tourné vers d’autres business, moins porteurs. Votre réaction d’aujourd’hui n’est-elle pas une stratégie de marketing, une manière d’attirer l’attention sur vous?

Est-ce que la direction d’easyJet vous a demandé de me poser cette question? Comme je l’ai dit, le problème réside dans le fait que les retards d’easyJet portent atteinte à la marque Easy. Je reçois constamment des plaintes de la part des clients, et désire résoudre le problème. C’est tout.

Les retards d’easyJet ont provoqué beaucoup de remous en Suisse, «pays de la précision». Ces réactions vous semblentelles exagérées?

Non. Je crois que la plupart du temps, les clients attendent de la ponctualité de la part des compagnies aériennes. Je me situe du côté des passagers, non des managers.

Pensez-vous qu’un changement de stratégie sera mis en place sur le marché suisse?

Je ne sais pas quels sont les plans de la compagnie pour le marché helvétique. Je ne suis plus le directeur d’easyJet. Le marché suisse est sain, puisqu’il est plus fréquenté en hiver qu’en été, à cause du ski. En tant qu’actionnaire, je souhaite que la compagnie cesse d’acheter des appareils, et qu’elle cesse de proposer les destinations qui sont uniquement desservies en été. Car c’est cette stratégie qui nuit à la ponctualité.

Après easyJet, vous avez créé plusieurs extensions de la marque, comme easyCar, easyHolidays, easyPizza, ou encore easy-Jobs. Quels sont vos autres projets?

Je travaille constamment sur de nouveaux projets, mais désire régler les problèmes avec easy-Jet avant de les concrétiser. Il serait absurde de chercher à étendre la marque, si d’autres lui portent atteinte.

 

PROFIL: STELIOS HAJI-IOANNOU

1967 Naissance à Athènes.

1987 Diplôme de la London School of Economics.

1995 Création d’easyJet.

2007 Stelios est fait chevalier par la reine d’Angleterre.

2010 Retrait du conseil d’administration d’easyJet.




Tags: EasyJet, Stelios Haji-Ioannou, low-cost, aviation,

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