Après la création de l’ETF Physical Gold en octobre 2008, Swiss & Global Asset Management a lancé des ETF sur l’argent, le platine et le palladium; sous le nom de Julius Baer Precious Metal Funds. Etesvous tenus de conserver le métal correspondant à la valeur détenue par les clients?
Oui, le prospectus légal de chacun de ces fonds précise que leur gérant est seulement autorisé à acheter de l’or physique, de l’argent, du platine ou du palladium. Nous ne pouvons pas utiliser des futures ou des comptes métaux. Nous détenons réellement de l’or, par exemple. Pour chaque entrée de cash, correspondant à l’acquisition de parts de ces ETF par des clients, nous devons acheter de l’or. Et ce métal est stocké en Suisse.
«L’OR INVESTISSEMENT REPRÉSENTE 35% DE LA DEMANDE MONDIALE.»
Pourquoi avoir lancé un ETF sur l’or physique en 2008: prévoyiez-vous alors le pire sur les marchés financiers?
Ce fonds répondait à une demande des clients institutionnels, parce que les caisses de pension n’étaient pas autorisées à investir dans les comptes métal. Un compte métal est inscrit au bilan d’une banque. En conséquence, si cette banque devait faire défaut, le compte métal n’aurait plus de valeur. Quand bien même de l’or ou de l’argent seraient stockés dans les coffres de cette banque.
Un compte métal ne fonctionne donc pas comme un compte titres, dont les actions appartiennent au titulaire. Ce qu’il contient est inscrit dans les comptes de la banque?
Exactement: ce qui est déposé sur un compte métal est assimilé à un dépôt en liquide. Ce montant est compris dans les 100 000 francs de garantie des dépôts d’épargne.
Alors qu’avec un ETF métal, le métal physique détenu appartient au client?
Oui. Comme les caisses de pension n’étaient pas non plus autorisées à acheter directement de l’or physique, ces ETF répondaient à un besoin. Un investisseur institutionnel – une institution de prévoyance, mais également une banque gérant la fortune de gros clients privés – est ainsi dispensé de prendre en charge tous les aspects techniques liés à l’achat d’or, tels les contrats d’assurance. Et il peut suivre l’évolution de la valeur de son placement en continu à la Bourse suisse puisque ces ETF sont cotés.
L’engouement pour l’or ne faiblit pas, alors que les marchés financiers semblent craindre à nouveau la déflation…
Acheter de l’or doit correspondre à une volonté de diversifier son portefeuille et de conserver de la valeur. L’ensemble des métaux précieux devrait représenter environ 5% d’un portefeuille investi à long terme. Pour un particulier, acheter de l’or avec l’idée de réaliser une plusvalue à court terme – parce qu’il estime que le prix du métal jaune va continuer à augmenter régulièrement – tient de la spéculation.
Cela peut s’avérer dangereux. Ceux qui ont acheté de l’or avant la crise ont potentiellement gagné beaucoup. Les institutionnels qui sont dans ce cas pourraient un jour décider de vendre. Des variations de prix à court terme ne sont donc pas exclues.
L’or est-il réellement une réserve de valeur pour un investisseur en franc?
Le prix de l’once varie à l’inverse du cours de change du dollar. Un investisseur dans une autre devise, qui utilise les métaux précieux pour préserver la valeur, doit donc avoir une couverture de change. Nos ETF métaux précieux sont proposés en quatre devises: dollar américain, franc suisse, euro et livre sterling. Et ceux ayant pour référence une devise autre que le dollar sont couverts contre le risque de change avec le billet vert.
Quelle est la quantité d’or détenue dans votre ETF?
Aujourd’hui, nous en avons 82 tonnes.
Et la part du marché mondial de l’or représentée par ces ETF en or physique?
A la fin de 2009, l’achat d’or comme investissement – dont les ETF sur l’or constituent l’essentiel – représentait 35% de la demande totale. Pour le moment, nous constatons que la demande pour ces produits détenant de l’or physique augmente régulièrement, même quand le prix de l’once baisse.
Cela montre que les investisseurs considèrent vraiment l’or comme une réserve de valeur. Depuis le début de cette crise, la demande d’or n’évolue pas selon les données historiques. Habituellement, lorsque le prix de l’once monte, la demande des joailliers, notamment en Inde et en Chine, baisse. Ce n’est plus le cas: la demande d’or reste soutenue quelles que soient les variations de prix.
Vous devez être en mesure de livrer l’or si le client le demande. Etes-vous organisés pour cela?
Bien sûr: l’une des questions qui nous est le plus fréquemment posée est de savoir comment nous pourrons livrer l’or. Pour un montant au minimum de 15 000 francs, la banque du client en Suisse peut lui remettre la quantité d’or correspondant à la valeur de ses parts lorsqu’il les vend.
Par ailleurs, nous pouvons livrer dans le monde entier des barres de 12,5 kilos, dont chacune vaut quelque 500 000 francs. Pour l’instant, nous avons eu très peu de demandes de restitution d’or: sur 82 tonnes d’or de fortune de notre ETF nous avons été amenés à livrer quelques 12 barres de 12,5 kilos.
Cela suppose un transport sécurisé et, dans certains pays, l’assurance demande que le client soit présent à l’aéroport pour réceptionner son or. Le pilote de l’avion doit même être en contact radio avec lui avant l’atterrissage.
Profil
Stephan Müller
Responsable des fonds ETF métaux précieux de Julius Baer, chez Swiss & Global (né de la scission entre le Private Banking et l’Asset Management de Julius Baer) qu’il a rejoint en novembre 2007. Spécialiste des actifs alternatifs dans l’équipe Product Management & Development. A travaillé sept ans à la ZKB dans la gestion de produits, où il a participé à la création du 1er ETF suisse sur l’or physique en mars 2006. Chargé de cours à l’Université des sciences appliquées à Zurich et Vaduz, ainsi qu’à la Julius Baer JB Internal Fund Academy. A obtenu un master en droit de l’Université de Zurich.
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