Stratégie. Les leçons d'une guerre ratée
Depuis son échec au Sud-Liban en 2006, l'armée israélienne a repensé sa façon de faire la guerre. Pour éviter le discréditif?
C’est peu dire si Tsahal, l’armée de l’Etat hébreu, a une place à part dans la politique, l’histoire et l’imaginaire collectif en Israël. Et, forcément, elle est un objet constant de débats et polémiques. Cette réalité est d’autant plus vraie aujourd’hui que sa dernière sortie, face au Hezbollah, a été un échec cinglant. Au front, les troupes israéliennes auraient perdu, selon les chiffres, près de 150 soldats sans réduire la capacité de résistance de la milice chiite. Au contraire. Ni récupérer les corps des deux soldats enlevés sur la frontière, dont le rapt avait déclenché le conflit. De rapports en commissions d’enquête, Tsahal et une brochette de hauts gradés vont sortir très discrédités de ce sixième conflit israélo-arabe. Logiquement, le spectre de ce récent échec plane dans les colonnes de la presse israélienne, ces jours. Pourtant, selon Gerald Steinberg, enseignant et expert militaire à l’Université de Bar-Ilan, bien des leçons ont été tirées. «Cette fois, à l’inverse de l’offensive de 2006, les troupes au sol sont venues dans un second temps, et bien plus massivement.» Surtout, les troupes sont désormais «mieux entraînées». Notamment du côté des 6500 réservistes, mobilisés voici une semaine, et qui, contrairement au bourbier libanais, arrivent sur le terrain avec assez de munitions et un plan de bataille. Cette fois-ci, leurs téléphones portables ont été interdits, histoire d’éviter un maelström d’informations et de rumeurs souvent contradictoires. Enfin, c’est une vieille tradition, le commandement de Tsahal a entamé les opérations contre le Hamas par surprise en lançant ses frappes aériennes un samedi, jour de shabbat. Pour l’heure, le faible nombre de soldats tués et le peu de dégâts matériels parle pour les stratèges de Tsahal. Mais des voix s’interrogent sur d’autres aspects de la tactique de l’Etat hébreu, surtout sur le blocus économique et humanitaire de la zone en conflit. Yossi Alpher, ancien officiel du Mossad, les services secrets israéliens, est désormais chroniqueur militaire. Dans The Guardian, il dit son doute que, aujourd’hui comme hier, «le siège économique de Gaza produise les effets politiques désirés. Ce blocus n’a pas dressé les Palestiniens contre le Hamas et a été probablement contre-productif. C’est juste une punition collective inutile».
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