Blocher est parti, Stress est resté. Deux ans après Renaissance et son incisif Fuck Blocher, le rappeur lausannois, jolie gueule de faux dur désormais monsieur Mélanie Winiger à la ville, propose la suite de ses aventures avec un convaincant quatrième album solo, Des rois des pions et des fous. Rien n’a changé, mais tout a changé. «On part de haut, avec le retentissement qu’a eu Renaissance. Forcément, ce nouveau disque est difficile à faire. C’est la suite, mais différente.» Les quinze titres de Des rois des pions et des fous, tous écrits en français par Stress et produits par le fidèle Yvan Peacemaker, s’écoutent du coup comme un journal «extime» à entrées multiples: la politique (Shoote, La peur de l’autre), le couple (Tous les mêmes), l’écologie (Question de survie), la société (V, Saint Profit, Plus rien ne nous touche), lui (Sacrifices, Système D). Stress est désormais «fier» de la politique suisse qui eut le courage de chasser Blocher. «Je ne m’assoupis pas. On se bat toujours. Mais “fuck Blocher”, on l’a déjà dit. On doit aller plus loin. Blocher est parti, mais ses idées, ses affiches sont toujours très présentes.» La baston médiatique qui a suivi Renaissance? «L’UDC a été violente avec moi. Mais c’était prévisible. Si tu l’ouvres, c’est normal que ça te revienne. Le temps prouvera que je suis sincère.»
Idem avec l’écologie, credo que l’on retrouve sur plusieurs chansons: «Je n’ai pas attendu la Coop pour y penser. Mais grâce à eux, j’ai pu le dire avec une liberté totale. Je ne suis pas un rappeur écolo, je suis un artiste sensible au monde qui l’entoure, qui s’inspire de tout ce qu’il s’y passe.»
Gamin de Tallinn. Côté vie privée, Stress livre un émouvant En ton nom dédié à son beau-père, décédé il y a un an, celui qui a fait «tout ce que son père aurait dû faire». Sa mère n’a pas encore entendu le morceau, il espère qu’elle aimera. «On se parle, mais pas forcément des choses les plus intimes. Je suis quelqu’un de réservé dans la vie.» L’an dernier, il est retourné avec sa femme à Tallinn, Estonie, la ville d’où il est parti à l’âge de 12 ans. «Rien n’a changé.» Il a refait le chemin de la maison à l’école, retrouvé les brûlures de cigarette dans l’ascenseur de l’immeuble où il est resté coincé le jour de ses 8 ans. «Quand j’étais enfant, on voulait tous se barrer à l’Ouest. A mon départ, c’était comme si j’avais gagné au loto. Aujourd’hui, les gamins rêvent moins de partir. J’ai zéro regret d’être parti de Tallinn, aucune nostalgie. Venir d’Estonie m’a donné une force, une énergie que je n’aurais pas eues en étant né en Suisse.» Le gamin du morceau Tallinn’08, c’est lui.
Tout comme le «mec» de Tous les mêmes, accusé par sa femme d’être un «macho parfait». «J’ai été élevé par des femmes, comment pourrais-je être macho? Mais les hommes et les femmes perçoivent différemment les choses. Ma femme me traite de handicapé émotionnel, moi je trouve juste qu’elle est très sensible. La vie de couple...»
Lyrique, mélodique, punchy, agréable et attachant, Des rois des pions et des fous est un album dans l’air du temps, sincère, en colère, généreux et consensuel qui fait la place belle aux invités de Stress – Karolyn, Jaba, Diam’s, Soprano ou Greis – et l’impose dans la durée. «J’ai des choses à dire et ma manière à moi, c’est le rap. Le titre? J’étais un pion, quand j’avais 20 ans et que je travaillais en entreprise. Maintenant je me vois plutôt du côté des fous du roi, des indépendants. Je suis sincère, nature.» Le rappeur suisse s’attaque à la France dès le mois prochain. •
Des rois des pions et des fous. Universal. Sortie le 3 avril. En concert: Lausanne. Aux Docks. Je 30 avril Fribourg. Fri-Son. Ve 1er mai.
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