Sueurs froides nordiques
Présentée au NIFF, la rétrospective Cold Sweat rappelle que Lars von Trier n’est pas le seul cinéaste Scandinave à jouer des codes de l’horreur et du fantastique.
Depuis sa création en 2001, le Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF) a contribué à sortir le film de genre de son ghetto. Gore, horreur et science-fiction s’y conjuguent sur des modes variés, de l’anticipation à la parodie, s’imposant comme un cinéma à part entière, dans leur esthétique comme dans leurs thématiques. A l’heure où le Danois Lars von Trier s’empare du genre avec Antichrist, la rétrospective Cold Sweat présentée cette année au NIFFF tombe à point nommé. Coup de projecteur sur le cinéma Scandinave fantastique actuel, elle permet de rappeler la vitalité d’un genre, tout en mettant en évidence ses rapports avec une certaine tradition nordique comme avec les grands maîtres de l’histoire du cinéma.
Réalités biaisées. «Le cinéma Scandinave approche le fantastique selon deux axes distincts», observe Anaïs Emery, directrice artistique du NIFFF. «A la manière de von Trier, de nombreux réalisateurs tentent des décrochements vers le film de genre, tout en y intégrant des éléments plus personnels. Et dans le même temps, d’autres auteurs préfèrent jouer la carte d’un fantastique par petites touches, testant ou soupçonnant la réalité, comme sceptiques face à son aspect concret.» Parmi les plus célèbres exemples de ces approches, on peut citer l’incursion de Carl Theodor Dreyer dans le cinéma d’horreur (Vampyr, 1931) ou les multiples distorsions de la réalité qui jalonnent l’œuvre d’Ingmar Bergman, telle l’incarnation de la mort, drapée de noir, dans Le septième sceau (1957). Plus récemment, les films du Suédois Roy Andersson - découvert en Europe grâce à Chansons du deuxième étage en 2000 - ont perpétué cette héritage, tout comme la série TV L’hôpital et ses fantômes (The Kingdom), qui voyait déjà Lars von Trier s’essayer aux ficelles de l’épouvante, y insufflant son humour grinçant. A côté de ces grand anciens, Anaïs Emery se réjouit que cette réflexion sur les diverses perceptions du réel fasse des émules, en Scandinavie comme en Europe. Le récent Ne te retourne pas de Marina de Van en apportant une preuve supplémentaire. «Plus qu’un particularisme culturel, il s’agit peut-être d’une question de génération, risque la directrice artistique du NIFFF. Les jeunes réalisateurs actuels refusent la séparation caricaturale que l’on met entre films de genre et films d’auteur.» La dizaine de films présentés dans le cadre de Cold Sweat confirme l’analyse. Dans la plus pure tradition horrifique, Dead Snow imagine ainsi un week-end à la montagne tournant en un massacre à la tronçonneuse, de pauvres skieurs norvégiens affrontant des zombies nazis hérités de la Second Guerre mondiale. Mêlant huis clos à suspense et cauchemars glaçants, le film danois EKKO préfère le cadre d’un thriller psychologique qui sombrerait dans le fantastique. Multipliant les facettes d’un même renouveau des genres, la sélection scandinave qui débarque au NIFFF devrait une fois encore confirmer l’intérêt du cinéma fantastique. Et rappeler que von Trier n’est pas un cas à part.
À VOIR
Festival international du film fantastique de Neuchâtel. Du ma 30 juin au di 5 juillet. www.nifff.chTransgressions made in Hong Kong. Cold Sweat William Castle un illusionniste visionnaire Carte blanche à Bong Joon-Ho L’étrange selon Aoyama Shinji
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Tags: NIFFF, Cold sweat, Lars Von Trier,
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