Limiter la casse. A quelques jours du prochain Salon international de la haute horlogerie (SIHH) qui ouvre ses portes à Genève, c’est l’objectif des syndicats impliqués dans les entreprises dont les rouages se sont brutalement grippés depuis l’automne passé. Parfois, cela fonctionne assez bien. Maurice Lacroix, à Saignelégier, avait prévu à la fin 2008 de licencier 20 de ses quelque 100 collaborateurs. Finalement, les licenciements se limitent à huit personnes, dont cinq à la production et trois parmi les cadres. «En période de crise, il est donc possible de sauver des postes par la négociation. En l’occurrence, nous en avons épargné douze, constate Eric Bauer, qui représente le syndicat Unia dans le Jura. Il s’est agi ici de négocier une diminution volontaire du temps de travail, des retraites anticipées et une réinsertion dans un autre site. «Hélas, toutes les entreprises ne sont pas aussi transparentes que Maurice Lacroix», déplore Eric Bauer. Certaines licencient en catimini, sans avertir les partenaires sociaux, des collaborateurs en arrêt maladie ou qui ne seraient plus assez rentables. «C’est pourquoi nous visons à étendre la convention collective du travail dans de telles entreprises pour permettre aux travailleurs de moins subir la crise.» La reprise finira bien par arriver, se dit-on pour conjurer le sort. Alors, est-ce pour bientôt? A cette question, Benedikt Schlegel, CEO du groupe horloger Movado qui regroupe les marques Ebel, Movado et Concord, est pris d’un léger rire nerveux avant de lâcher: «Si nous pensions à une reprise immédiate, nous n’aurions pas annoncé une réduction de nos effectifs si importante.» Entre 50 à 60 personnes sur un effectif de 160 collaborateurs à Bienne et à La Chaux-de-Fonds. Ici aussi, les négociations vont bon train pour que le couperet épargne un maximum de têtes. Mais au fil des jours, la consommation des heures supplémentaires, des arriérés de vacances ou des horaires fluctuants finit par s’épuiser pour ouvrir le champ au chômage partiel puis au chômage complet.
Cadeau de Noël. Pourtant, constate Jean-Claude Biver, CEO de Hublot, Noël a été une bonne surprise. «Certains de nos détaillants affirment avoir réalisé en décembre 2008 le meilleur mois de leur existence. Non seulement à Zurich et à Genève, mais aussi à Londres.» Toutefois, parallèlement, les grandes faiblesses constatées en Russie, en Ukraine, aux Etats-Unis et au Moyen-Orient se sont encore accentuées. Globalement, les exportations horlogères suisses ont plongé de 15,3% en novembre 2008 en regard du même mois de l’année précédente (les chiffres de décembre 2008 seront connus dans la semaine du 19 janvier). Mais ce fléchissement est à mettre en relation avec des années folles de surchauffe économique à deux chiffres. «On en revient à des valeurs de croissance réaliste de 4 à 5%», analyse Pierre-Olivier Chave, président du groupe horloger PX holding, à La Chaux-de-Fonds. Comme le suggère un proverbe chinois, «pour redresser ce qui est tordu, il faut le tordre en sens inverse». Aux yeux de François Matile, secrétaire général de la Convention patronale, l’horlogerie suisse n’est pas un malade aux soins intensifs dont il faut prendre régulièrement la température. «Elle a seulement la gueule de bois car elle a trop fait la fête. Laissons-lui le temps de se reposer.» Personne ne sait combien de temps va prendre ce repos que l’on n’imagine pas éternel. Après les achats de fin d’année, les détaillants vont-ils chercher à regarnir leurs stocks? Tout laisse à penser qu’ils vont plutôt se montrer très prudents, dans l’attente de jours meilleurs. Certains d’entre eux, notamment en Asie, n’hésitent plus à pratiquer des forts rabais de 40 à 60%. Et sur l’internet, le marché gris n’a jamais été aussi florissant.
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