Décryptages
Sur la piste du risque systémique
La complexité du système financier mondial l’expose à un danger difficile à cerner: le risque systémique. L’événement néfaste – suivi d’un enchaînement de réactions aussi rationnelles que délétères pour le fonctionnement de la finance dans son ensemble – qui bloquerait rapidement toutes les transactions. En s’éternisant, la crise de la dette européenne menace de devenir le coup d’aile de papillon capable de gripper les fragiles mécanismes imbriqués de nombreux acteurs. Et de faire s’effondrer de gros établissements installés très loin du Vieux Continent.
MF Global, important courtier en matières premières, vient ainsi de tomber en faillite pour cause de positions spéculatives sur de la dette européenne. La faute à l’imprudence; mais même les comportements a priori les plus prudents pourraient déclencher une catastrophe globale. Ainsi de l’achat antérieur, par des banques européennes très exposées à de la dette souveraine en euro, de credit default swaps (CDS) censés les couvrir contre le risque de défaut des Etats emprunteurs.
Les grandes banques situées hors de l’Union européenne qui ont émis lesdits CDS lorsque la signature d’un vieux pays industrialisé apparaissait comme la plus solide des garanties – notamment des établissements américains – doivent aujourd’hui trembler. De quoi inquiéter, par effet domino, leurs partenaires d’affaires. Faute de pouvoir prévenir avec suffisamment d’efficacité le risque systémique, les autorités de régulation ont demandé aux banques – notamment à celles jugées «too big to fail» – d’immobiliser plus de fonds propres en fonction de la taille de leur bilan.
Obéissants, les banquiers européens allègent ces temps leurs bilans des risques créés par la crise de la dette... en vendant des obligations d’Etats. Ils contribuent ainsi à faire grimper les taux d’intérêt sur la dette italienne, espagnole ou française, et à diminuer la capacité de remboursement des pays émetteurs. Chaque banque n’ayant qu’une idée très vague des risques supportés par ses contreparties s’abstient, toujours par prudence, de prêter à d’autres.
Un tel comportement, s’il se généralisait, engendrerait une nouvelle crise de liquidité. Le cumul de décisions rationnelles cherchant à parer des risques identifiés pourrait donc gripper tout le système. Le risque de complexité est encore loin d’être maîtrisé.
«Si nous n’agissons pas avec audace (...), nous pourrions courir le risque de ce que certains commentateurs appellent déjà la décennie perdue.»
Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international
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