Sur la route des festivals - Montreux Jazz 2011 (IV)
Scottisch Rock Army Général en chef de la troupe Mogwai, Stuart Braithwaite a fait une nouvelle fois trembler le Miles Davis Hall. Sans surprise, mais avec maestria.Le Montreux Jazz Festival n'est pas un festival comme les autres. Plutôt que le plein air, on y préfère les salles. Plutôt que les affiches gargantuesques, on privilégie la concision. Et la cohérence. Mais la règle souffre quelques exceptions. Les plus de trente ans se souviendront d'une soirée contre-nature il y a une dizaine d'année, mêlant Sonic Youth et... Silmarils. Quant à Mogwai, ils auront sans doute pris l'habitude des plateaux bancals. Il y a 8 ans, les Ecossais bouclaient une soirée lancée par Yo La Tengo, puis Tricky. Il y a 5 ans, on les retrouvait coincé entre un groupe wallon (Venus) et un groupe flamand (dEUS). Et cette année, il complétait une affiche composée de Lamb et Black Dub.Premier venu, le nouveau groupe de Daniel Lanois s'avère fidèle à ce qu'on a pu entendre sur disque. De très bons musiciens, une chanteuse blanche à la voix black, mais des compositions un peu faiblardes et un goût prononcé pour les refrains forcés. Sauf que sur scène, Black Dub parvient à faire oublier ces limites et à se concentrer sur ses qualités. Surtout lorsque la blonde Trixie Whitley lâche le micro pour se mettre au synthé ou disparaître en coulisses, à l'exception du très bon Ring The Alarm en fin de set. Servi par un batteur parfait de nonchalance (tendance Charlie Watts) comme d'énergie et d'un bassiste brillant par sa virtuosité discrète, Lanois se fait plaisir à la guitare, distillant un son électrique à souhait, et offre une très belle version de Marie-Claire à un public disparate mais respectueux.Après cette bonne introduction, je passe mon tour sur Lamb, laissant les réminiscences du trip-hop à d'autres, la majorité des spectateurs qui ont fait le déplacement. Un ami me dira plus tard être venu pour le souvenir des années trip-hop, dernier genre marquant à avoir fait son apparition pour lui. Perso, je donnerai ce titre au post-rock. Ce qui expliquera mon empressement à gagner les premiers rangs une fois Lamb sorti de scène, pour ne pas perdre une miette de Mogwai.Fidèles à l'habitude, les Ecossais s'alignent sur scène sans un regard entre eux, façon Scottish Rock Army, affichant un masque de sérieux qui ne se craquèlera guère durant le concert. Pour le reste, après un White Noise plus planant que bruitiste, Mogwai dégaine l'artillerie lourde pour le pavlovien Rano Pano et ses guitares saturées à l'unisson, qui lance véritablement le concert. La suite alternera entre titres tirés du très bon Hardcore Will Never Die, But You Will et extraits des albums les plus récents du groupe (The Hawk Is Howling, Mr Beast, Happy Songs For Happy People). Et si on regrettera l'absence de la plupart des titres phares du groupe (Ithica 27 ? 9, Like Herod, Glasgow Mega Snake, Christmas Steps), on ne boudera pas son plaisir pour autant. Parfaitement en place, Mogwai déroule un post-rock plus racé qu'attendu, servi par des projections parfois fascinantes (quartiers industriels, vélo en caméra embarquée, panorama urbain nocturne).Maîtrisés sur scène, les derniers titres y gagnent même en puissance ou en magnétisme, de la cavalcade San Pedro à l'orfèvrerie de fureur You're Lionel Richie, en passant par le krautrock assumé de Mexican Grand Prix. Et si les "chansons" comme Hunted By A Freak (et son vocoder) ou Killing All The Flies (et son vocoder), restent toujours un poil dispensables malgré leur lente poussée d'électricité, c'est avec plaisir qu'on redécouvre le coup de sang shoegaze de Travel Is Dangerous, morceau peu réécouté depuis Mr. Beast. Reste que malgré la qualité du set, ce concert n'aurait pas été complet sans un grand Mogwai Fear Satan en bouquet final. Jouant à la perfection des decrescendos et des explosions soudaines, le groupe de Glasgow magnifie son morceau emblématique, tout en évitant les pièges faciles, des poses metal forcées au larsen final. Précis, puissant et vibrant, le final est à l'image de ce troisième concert montreusien de Mogwai: une leçon d'électricité sonique qui, si elle ne s'avère guère surprenante, reste toujours aussi jouissive. C'est con, mais c'est bon.
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