Sur la route des festivals - Paléo 2011 (I)
Matt Berninger Imbibé, mais pas trop, le chanteur de The National a gagné en prestance sur scène, à l'image d'un groupe désormais taillé pour le succès.De la boue, de la boue et encore de la boue. Malgré l'interruption de la pluie, la première soirée de ce 36e Paléo a des airs de revival Woodstock. Sauf que comme on est en Suisse, les bottes de pluie se comptent par brouettes dans le public, tandis que sur la grande scène s'époumone Zaz. Perso, je n'y vais pas, car je voulais en faire une chronique, mais elle m'a dit qu'elle n'en voulait pas. Ou pas.A la place, je fais halte au Club Tent où joue Pulled Apart By Horses. Démarrant à la manière d'un final - on croise les guitares autour de la batterie en arquant bien les jambes - les Anglais se lancent ensuite dans une cavalcade tonitruante où se télescopent influences garage-rock, heavy, punk, voire metal. C'est débordant d'énergie et de décibels, ça donne envie de faire de la moto dans le désert, mais ça manque un peu de compositions. Dommage. Le flash est jouissif, mais le plaisir ne dure pas éternellement.Détour donc par le Châpiteau, où Katerine a commencé son show. Fidèle à l'esprit de cette tournée, le Vendéen égrène les compositions de son dernier album, dans l'ordre, ou presque. Un petit Je vous emmerde par-ci, un petit 100% VIP par-là, permettent d'alléger l'impression d'écouter le disque en un peu plus fort, avec juste des visuels en plus (un Katerine maquillé et outrancier à souhait et des pom-pom girls dignes d'une équipe de 3e division). Reste que sur scène, les limites de l'exercice transparaissent vite. Si 2-3 chansons tiennent bien la route (La banane, Liberté), l'ensemble reste trop minimaliste pour convaincre - 2 accords de guitare, 12 mots, 3 minutes au compteur - et fait l'effet d'une succession de blagues. C'est drôle, mais une fois seulement. Et même si la posture est jouissive - Katerine en Andy Kaufman populaire, tordant la variété façon entrisme absurde - on ne peut s'empêcher de regretter la tournée précédente, portée par la fougue des Little Rabbits.Un passage aux stands plus tard - merci la nourriture asiatique et le rosé local - retour au Châpiteau pour le concert attendu de The National. Deux jours après Gurten et 3 semaines après St-Gall, les Américains bouclent sur l'Asse leur tour de Suisse des festivals. Et doivent confirmer leur statut de nouveau fer de lance d'une certaine scène rock-indé, présente en force à Paléo cette année (et également celui de groupe préféré de Barack Obama). Un poil hésitant, le début du concert laisse craindre une prestation en demi-teinte, calibrée mais pas assez solide pour le lieu. Mais dès Conversation 16, le groupe s'élève. Et muscle son jeu. Plus emphatique que sur disque, The National embarque le public du Châpiteau dans son univers, gagnant en puissance et en aura. Les mains tapent en rythme, encourageant cette montée épique bien sentie. Et si certains regretteront le bon vieux temps des petites salles, on saluera la prestance nouvelle de Matt Berninger, imbibé, mais pas trop (remember Le Romandie, pour ceux qui y étaient).Slalomant avec aisance parmi la discographie du groupe, la suite fait la part belle à High Violet, tout en s'offrant quelques morceaux de bravoure plus anciens, d'un magnétique Squalor Victoria à un Abel plein de fureur, en passant par un très beau Lucky You, dédicacé à leur fidèle agent helvétique (un très bon gars, croyez-moi). Reste que le plus impressionnant est sans doute l'ampleur nouvelle qui émane des titres issus de High Violet. Plus lyrique et massif, le son de The National colle parfaitement au lieu et laisse soufflé plus d'une fois. L'intro nerveuse de Bloodbuzz Ohio, la grandiloquence vibrante d'England ou encore la mélancolie crasseuse de Sorrow fascinent. Et le final termine cette ascension vers un sacre. Plus classieux que jamais en crooner titubant, Berninger se plonge dans la foule pour Mr. November, juste après avoir invité Zach Condon (Beirut) pour des backing de luxe sur Fake Empire. L'instant est magique et magnifié par un incroyable Terrible Love en guise de révérence, à l'électricité plus abrasive que jamais. Sûr que la prochaine fois, c'est sur la grande scène que l'on retrouvera The National.Photographie: © Paléo / Anne Colliard
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