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Sur la route des festivals - Paléo 2011 (II)

Par Christophe Schenk - Mis en ligne le 22.07.2011 à 08:00

Beth Gibbons Recroquevillée au milieu de la scène, la chanteuse de Portishead a fait souffler une mélancolie blanche, sur fond de frictions entre trip-hop aérien et krautrock tranchant.

De la boue, de la boue et encore de la boue. Et quelques averses entre deux flaques. La météo continue à faire de ce 36e Paléo un grand champ de gadoue. Heureusement, BEAK> joue au Club Tent et donc les pieds au sec, ou presque. Malheureusement, c'est à 17h, et donc en plein jour. Malgré cela, le trio emmené par Geoff Barrow parvient à faire souffler son kraurock noir et saturé sur la maigre audience qui a fait le déplacement, jusqu'à transformer le Club Tent en vrai club. Fidèle à son album, le groupe alterne transe hypnotique et bourdon écrasant, sans jamais se départir d'un minimalisme presque archaïque. C'est froid, rigide et précis, et pourtant, c'est brûlant. Et bouillonnant, tant les trois musiciens semblent prendre du plaisir à mêler beats et vibrations.

Premier des trois projets de Geoff Barrow au programme de la soirée, BEAK> laisse une nouvelle fois une belle impression, une année après un très bon set au Kilbi. Tout le contraire d'Anika, vue également à Kilbi, mais cette année, qui prend la relève sous le Club Tent. Si musicalement on retrouve les ambiances de BEAK> - et deux musiciens - manquent la fougue et la présence. Dans son numéro de Nico post-moderne, la jeune Allemande laisse froid, trop prise dans un jeu de séduction aux limites criardes. Reste que ce concert permettra de vérifier une série: la présence sur l'ampli du bassiste de BEAK> et d'Anika de deux vierges Maries luminescentes. Foin de bigoterie ici, il s'agit juste de tester jusqu'où les organisateurs de concerts sont prêt à aller pour satisfaire l'artiste, en demandant dans le contrat cette petite curiosité. De Kilbi à Paléo, en passant par Antigel, on applaudira l'efficacité des organisateurs suisses.

Suit le grand saut. Et un premier concert devant la grande scène, le clou de la soirée au crépuscule. 13 ans après un concert mémorable au Châpiteau, Portishead revient sur l'Asse. Et démarre pied au plancher sur un Silence sismique, un poil désservi par un son trop faiblard. Heureusement, celui-ci monte en puissance au fil du concert et trouve son quota de décibels dès Machine Gun. Pour le reste, Portishead déroule une setlist parfaite, mixant le meilleur de Third (Magic Doors, The Rip) à quelques vieux titres magnifiquement dépoussiérés ici (Waundering Star, Over, Cowboys). Surtout, malgré la décennie qui sépare les deux premiers albums du groupe de son derniers disque, l'ensemble fascine par sa cohérence musicale, évitant les pièges du vintage comme d'une révolution trop "tabula rasa".

Et si la prestation peut sembler réglée comme du papier à musique, on ne peut que se délecter du brio des musiciens, et des inspirations soudaines de chacun, des soli de guitare d'Adrian Utley aux scratchs virtuoses de Geoff Barrow, cerveau de Portishead ici dans son plus beau rôle. Sans oublier, bien sûr, la voix unique de Beth Gibbons, recroquevillée discrète au milieu de la scène, distillant sans pathos ni excès un chant plein d'une mélancolie blanche. Sur Glory Box et, surtout, Roads, l'interprétation touche au sublime. Et si l'Anglaise ne lâche aucun mot au public entre les chansons, c'est pour mieux s'offrir un bain d'émotion sur le dernier titre - explosif We Carry On - longeant le premier rang pour serrer ses fans dans ses bras, tandis que le reste du groupe s'offre un sprint final puissant et inspiré.

Difficle après ce grand moment de rentrer vraiment dans le concert de Beirut, débuté tandis que Portishead attaquait son dernier quart d'heure. Epaulé par des musiciens un poil ripolinés - accordéon, trompette, tuba et autre bignou dans leurs oeuvres - Zach Condon égrène les titres les plus tubesques de ses albums, pour la plus grande joie d'un public conquis. A croire que sa pop-balkanique colle à l'esprit des lieux. Reste que même si l'ensemble est maîtrisé, il manque une étincelle. Et qu'après Portishead, Beirut c'est un peu comme de se retrouver coincé dans une station de métro pleine de musiciens de rue, alors que son iPod vient de tomber en panne.

A contrario, le set des Chemical Brothers tombe mieux, histoire de boucler la soirée en remuant sans arrières-pensées. Fort en light-shows jean-michel-jarriens et en projections hypnotiques, cette grande messe electro use à merveille de ses vieilles formules pour faire danser la plaine de l'Asse. Le rite est connu, les hits également, mais l'ensemble fonctionne toujours aussi bien, malgré des climax moins marquant que par le passé. Certes, contrairement à ses voisins rois de la scène trip-hop, le duo princier du big-beat ne s'est guère renouvelé. Mais à le mérite de parfaitement assurer le show, au point d'effacer des mémoires l'arnaque Fat Boy Slim d'il y a deux ans et de redonner une chance aux DJ-sets de feu sur la grande scène de Paléo.

Photographie: © Paléo / Boris Soula




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