Sur les bords du Léman, en octobre dernier, alors que le Sommet de la francophonie battait son plein, rares étaient certainement ceux qui ont été attirés par un étonnant spectacle. Pendant quelques jours, un petit kayak jaune naviguait sur le lac où une armada de bouées avait été déployée.
«ON S’EST APERÇU QUE BEAUCOUP D’UTILISATEURS RÊVAIENT D’UN TEL SYSTÈME.» Martin Sénéclauze, coordinateur du projet Mobesens
L’heure n’était pas aux régates, mais à une expérience scientifique. Le but de la manœuvre était de tester le fonctionnement d’un nouveau système susceptible de contrôler, de manière autonome et à long terme, la qualité de l’eau.
Ce dispositif innovant baptisé Mobesens a été conçu par un consortium européen, coordonné par le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel.
L’eau douce devenant une ressource rare sur la planète, il devient impératif de traquer les polluants susceptibles de la contaminer.
Pour ce faire, on prélève régulièrement des échantillons que l’on envoie dans des laboratoires d’analyse, ce qui est long et coûteux. Quant à installer à demeure des appareils sophistiqués, inutile d’y songer: ils sont rapidement volés, dégradés, ou endommagés par l’eau. Il fallait donc trouver autre chose.
«L’idée de Mobesens est venue de trois partenaires du programme, qui sont les utilisateurs finaux du système», souligne Martin Sénéclauze, expert en communication sans fil au CSEM et coordinateur du projet.
Il s’agit de l’Université de Genève (Unige) qui, par l’intermédiaire de l’Institut Forel, assure le suivi de la qualité de l’eau du Léman, de la société espagnole Adasa Sistemas et de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer). «Tous savaient que les technologies nécessaires étaient disponibles, mais qu’elles n’étaient pas intégrées pour leurs besoins.»
Les outils existent en effet, sous la forme de capteurs, comme ceux développés à l’Unige qui détectent les traces de métaux, ceux conçus à l’EPFL qui mesurent les concentrations ioniques ou d’autres encore développés par la société neuchâteloise Microsens.
Mais il restait à intégrer ces divers éléments à l’aide d’un système susceptible de transmettre et d’interpréter leurs informations, ce qui est l’une des spécialités du CSEM.
L’Imperial College de Londres s’est enfin chargé de rendre le dispositif peu énergivore, donc respectueux de l’environnement. La Commission européenne ayant apporté le financement nécessaire dans le cadre de son 7e programme-cadre, toutes ces équipes se sont mises à l’ouvrage, en juin 2008.
Système d’alerte. Le système repose sur une série de bouées bardées de capteurs qui analysent l’eau en surface et transmettent leurs mesures de proche en proche, vers un système de stockage de données situé sur un bateau ou à terre. De là, les informations sont envoyées, via un téléphone portable et internet, à des ordinateurs qui les traitent et les interprètent.
Placées à l’entrée d’un port menacé de pollution, déployées en amont d’un lac ou descendant le long d’une rivière pour détecter le lieu – et la source – de rejets toxiques, ces bouées mobiles et autonomes constituent en fait un système d’alerte.
Un dispositif peu coûteux et relativement aisé à déployer qui permet de signaler un problème. Et dans ce cas, d’envoyer sur place le kayak, dont les sondes peuvent prendre des mesures en profondeur, ou tout autre appareil capable d’étudier l’eau de manière «plus approfondie et plus pointue», selon Martin Sénéclauze.
Déjà testés dans différents milieux – la rade de Brest et l’étang de Thau en France, le lac de Neuchâtel et le Léman – les différents composants du système Mobesens feront l’objet de derniers essais, ce mois-ci, sur l’Ebre, un fleuve espagnol.
Déjà, Martin Sénéclauze est satisfait: «Le système a fonctionné selon les attentes des utilisateurs.» Il est en revanche moins optimiste quant à la suite des opérations. Il faudrait maintenant industrialiser un tel dispositif afin de le mettre à la disposition des organismes de surveillance des eaux.
«On s’est aperçu que beaucoup d’utilisateurs potentiels rêvaient d’un tel système. Mais la rentabilité à court terme étant difficile à chiffrer, comme tout ce qui touche au secteur de l’environnement, il n’est pas aisé de trouver des financements privés.» C’est pourtant à ce prix que Mobesens pourra être mis à flot.
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