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Swatch et Dada font la paire

Mis en ligne le 19.02.2004 à 00:00

Nick Hayek Jr Swatch s'apprête à lancer une nouvelle montre: «Dada». Et le patron du géant horloger avoue à Pierre Nebel sa passion pour le mouvement anti-art.

L'Hebdo; 2004-02-19

Swatch et Dada font la paire Nick Hayek Jr Swatch s'apprête à lancer une nouvelle montre: «Dada». Et le patron du géant horloger avoue à Pierre Nebel sa passion pour le mouvement anti-art.

Nick Hayek Jr Swatch s'apprête à lancer une nouvelle montre: «Dada». Et le patron du géant horloger avoue àPierre Nebelsa passion pour le mouvement anti-art.

Nick Hayek, comment avez-vous découvert le mouvement dada ?

Mon intérêt pour Dada remonte à l'école et à mes études de réalisateur à Paris. A cette époque, un film surréaliste de 1928, Le Chien andalou de Luis Buñuel et Salvador Dalí, m'a beaucoup impressionné. L'absurde me fascine et a influencé mes premiers films, qui étaient extrêmement provocateurs et subversifs. De l'absurde à Dada, il n'y a qu'un pas.

Qui vous impressionne chez les dadaïstes de 1916: Tristan Tzara, Hugo Ball, Hans Arp?

C'est moins les personnes que le mouvement qui me fascine. Les dadaïstes étaient émotionnels, spontanés, créatifs. Ils s'amusaient et provoquaient l'establishment comme plus personne ne le fait aujourd'hui.

Pourquoi avez-vous investi 1,5 million pour créer un centre dada dans les murs du Cabaret Voltaire, le lieu de fondation historique du mouvement à Zurich?

Chaque société a besoin de traces qu'il ne faut pas détruire. Quand j'ai entendu que Zurich voulait solder cet héritage et installer une pharmacie ou une galerie dans les murs qui ont vu la naissance du dadaïsme, je me suis dit: Nick, c'est vraiment dommage! Il est important que les jeunes n'oublient pas le passé et qu'il reste des signes visibles de ce qui était. Moi, par exemple, j'ai découvert le Cabaret Voltaire physiquement. J'allais dans un club de jazz du Niederdorf et je suis tombé dessus par hasard.

Au lieu de commémorer le mouvement avec un musée, ne faudrait-il pas laisser cet espace aux artistes pour perpétuer l'esprit dada?

Il n'y a pas besoin de réinventer le dadaïsme aujourd'hui. Ce serait prétentieux et finalement Dada peut s'exprimer n'importe où. Prenez une maison du Corbusier. Les gens qui y vivent ne doivent pas forcément se comporter comme au temps du Corbusier, manger ce qu'il mangeait et partager ses idées... L'important est que la maison soit là. Aujourd'hui, Dada n'existe plus en tant que mouvement. Est-ce que quelqu'un qui réalise en 2004 des peintures ressemblant à celles des impressionnistes est lui-même impressionniste? Non, il ne l'est pas. Il est figé.

Pourquoi avez-vous investi dans le Cabaret Voltaire au nom de Swatch Group et pas de Nick Hayek, amateur d'art?

Je ne suis pas un mécène! En fait, je trouve que Swatch et Dada vont très bien ensemble. Quand elle a été créée, Swatch était une provocation pour l'establishment horloger, qui ne voulait pas d'une montre en plastique. Elle est rebelle, subversive et a toujours été liée aux artistes.

N'est-ce pas une trahison de Dada que de l'embrigader dans la stratégie commerciale de Swatch?

Si Keith Haring et beaucoup d'autres artistes réalisent pour nous le design d'une montre, c'est parce qu'ils sont convaincus que nous sommes un partenaire qui aime l'art et fait gagner de l'argent. Il n'y a rien de méchant à cela. On peut favoriser la diffusion de l'esprit du mouvement dada et créer des postes de travail. Les deux choses ne s'excluent pas.

Dada reconverti au capitalisme?

Vous avez vu qui était dans le mouvement dada? Ce n'étaient pas des pauvres qui ont fini dans un asile de fous sans argent...

Beaucoup de dadaïstes sont devenus communistes...

Karl Marx ne venait pas d'une famille pauvre. Je ne crois pas que Dada était anticapitaliste. Il était simplement opposé à la société établie. Il y a du capitalisme très progressiste et du communisme très conservateur. Je suis sûr que les dadaïstes de l'époque auraient été des porteurs de Swatch.

Dada a-t-il encore du sens? Le metteur en scène zurichois Christoph Schlingensief peut se baigner dans un tonneau d'excréments, le «bourgeois» n'est plus choqué.

Je ne connais pas le travail de Schlingensief, mais je crois que certains artistes font partie d'un milieu culturel totalement déconnecté de la société. L'establishment d'aujourd'hui peut aussi être une sorte de mafia culturelle. Le dadaïsme devrait être une arme contre tous ceux qui se prétendent être l'incarnation de la culture. Tout doit être profond, tout doit provoquer, tout doit être expliqué. Toutes les provocations artistiques ne peuvent pas se réclamer du dadaïsme. Parfois cela ne fait que choquer les enfants dans la rue. On prétend qu'il s'agit de faire de l'art, mais Dada ne veut pas être considéré comme de l'art. C'est surtout un mouvement qui cherche à s'amuser, à avoir du plaisir, à créer de l'envie.

Les dadaïstes ne se sont-ils pas battus pour que tout puisse être considéré comme de l'art?

Les dadaïstes ont fait de l'humour. Ils étaient ironiques, mais pas cyniques. Leur mouvement a remis en question une société qui avait peur. Il est beaucoup plus facile de provoquer aujourd'hui. Dès que vous faites quelque chose, les journalistes le mettent en première page. A l'époque, c'était beaucoup plus compliqué car les médias ne colportaient pas leurs idées. En fait, un dadaïste moderne ne devrait pas utiliser les instruments de l'establishment actuel: les journaux.

Alors «L'Hebdo» serait l'establishment ?

Bien entendu. Vous vivez comment?

Surtout de la publicité.

Vous avez répondu. Vous vivez de la publicité, vous avez un réseau de distribution classique. Il n'y a rien de révolutionnaire. Vous êtes l'establishment.

Pardon, mais Swatch l'est alors aussi. Vous êtes coté en Bourse, vous cherchez à faire du profit, vous utilisez la publicité, le marketing. Vous êtes l'establishment économique!

Je ne suis pas d'accord. Nous avons réussi, mais en même temps nous continuons à révolutionner la production, la communication et la distribution.

Vous vous intéressez à Dada. Blocher collectionne les peintures d'Albert Anker. Deux visions très différentes de la Suisse?

Le message d'Anker est que tout doit être préservé comme auparavant. Mais attention, Blocher a des aspects très dadaïstes.

Je vous demande pardon?

Blocher est un provocateur, il n'a jamais fait partie de l'establishment.

Qu'est-ce que Dada peut apporter à la Suisse aujourd'hui?

Dada peut apprendre à ce pays à essayer des choses nouvelles. Nous faisons constamment des compromis. Je n'ai rien contre, mais il faut d'abord avoir des idées extraordinaires et après seulement faire un compromis. Si vous faites un compromis avant même de négocier, vous finissez avec un compromis du compromis. Nous devons cesser de craindre le jugement des voisins et oser innover. La Suisse qu'il faut changer, c'est celle de la nouvelle Der Waschküchenschlüssel (la clé de la buanderie) de l'écrivain Hugo Lötscher que j'adore: l'histoire des habitants d'une maison et des relations qu'ils entretiennent avec la buanderie et son règlement simple mais rigide.

Aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de nouveaux mouvements intellectuels à l'échelle mondiale. N'est-ce pas dommage?

Les intellectuels? Ah...

Vous ne semblez pas les avoir en grande estime!

En soi, être intello n'est pas un signe de qualité. J'ai une grande estime pour eux, mais je ne sais pas si cela améliorerait le monde s'ils lançaient un nouveau courant de pensée. Les intellectuels, c'est un peu le bureau «théorie et planification» d'un mouvement, mais ce n'est pas le mouvement. Je ne suis même pas sûr qu'ils existent encore en tant que «classe» bien identifiée. Durant la guerre froide, on pouvait adhérer à des grands courants de pensée. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus local. |

Nick Hayek

1954 Naissance.

70's Etudes de cinéma à Paris.

1990 Tourne Family Express avec Peter Fonda.

1994 Entre au marketing de Swatch.

1998 Déroule une gigantesque affiche sur le Centre Pompidou.

2003 Reprend la direction de Swatch.

«Blocher a des aspects dadaïstes.»

Steckbrief





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