ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

«Tant qu’il n’y aura pas de justice, il n’y aura pas de paix»

Par Michel Beuret - Mis en ligne le 08.01.2009 à 06:00

DECRYPTAGE. Le journaliste Christian Chesnot publie avec Antoine Sfeir un ouvrage concis et précis qui offre des clés pour comprendre le marasme au Proche-Orient

Quel est l’enjeu de l’opération à Gaza?

Comme contre le Hezbollah au Liban en 2006, l’objectif est de casser l’infrastructure du Hamas pour l’empêcher de tirer sur Israël. Le but est aussi de l’affaiblir profondément comme Israël l’avait fait contre Arafat et l’Autorité palestinienne lors de la seconde Intifada, en rasant les bâtiments et l’infrastructure officielle. Enfin, il s’agit de détruire les tunnels à la frontière égyptienne où passent les armes. Cette opération coup-de-poing est censée briser le Hamas.
 
Cela peut-il réussir?

C’est toute la question. Car le Hamas est dans le peuple comme un poisson dans l’eau. Il a de la ressource et se fait livrer beaucoup d’argent d’Iran, de Syrie, du Golfe aussi, qui entre par les tunnels.
 
Israël veut-il réoccuper Gaza?

Non. L’idée est de donner un coup de pied dans la fourmilière puis ressortir.

Pourquoi maintenant?

Cette opération a été lancée après six mois de trêve conclue en juin entre le Hamas et Israël. Cette trêve a été rompue, des deux côtés. Les Israéliens ont fait des incursions et ont étranglé économiquement la bande de Gaza en interdisant les passages. De son côté, le Hamas a répondu par des tirs de roquettes. Ça, c’est l’aspect conjoncturel. Sur le plan structurel, les deux camps sont dans l’impasse. Le Hamas était déjà bien affaibli, isolé, et cette guerre lui offre l’occasion de revenir sur le devant de la scène en martyr. Quant aux Israéliens, ils sont en campagne électorale. Cette opération est un moyen pour les travaillistes de passer le message que la gauche non plus ne transige pas sur les questions de sécurité. En fin de compte, les deux côtés avaient intérêt à ce que ça éclate.
 
Dans votre livre qui sort le 21 janvier*, vous rappelez le rôle d’Israël dans l’émergence du Hamas…

Tout à fait, les Israéliens ont joué aux apprentis sorciers avec le Hamas, comme les Américains ont jadis armé et financé les islamistes en Afghanistan. Pour casser l’OLP et Arafat, le moteur de la cause palestinienne, Israël a encouragé, ou du moins plus que fermé les yeux sur ce mouvement islamiste, surtout social à l’époque, dont l’objectif était de réislamiser la société. Israël a ainsi vu avec bienveillance le Hamas s’installer dans les universités et proliférer pour diviser les Palestiniens. C’était un calcul à court terme. Car très vite, les islamistes se sont lancés à leur tour dans l’Intifada et la lutte armée. Au bout du compte, au moment où Israël signait la paix avec l’OLP à Oslo, un nouvel adversaire était né.
 
Tsahal veut-il détruire le Hamas?

Non. C’est d’ailleurs illusoire, car il est bien plus qu’un groupe armé. Comme le Hezbollah, il imprègne toute la société. Donc même si l’opération s’intensifie, à moins de liquider un million et demi de personnes à Gaza, le Hamas ne disparaîtra pas. Lorsque Tsahal ressortira, le Hamas réarmera, comme le Hezbollah au Liban.
 
Pourrait-on assister à Gaza à une résistance analogue à celle du Sud-Liban en 2006?

On ne le sait pas encore. Mais il est clair que le Hamas est prêt. Il a miné les camps, il est bien armé. Ce sera une guerre urbaine et asymétrique.
 
Comment réagit le Fatah?

Cette situation affaiblit la position de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne qui a parié sur le processus de paix et qui s’aperçoit que ce pari n’a mené à rien. Il se retrouve isolé et délégitimé. Théoriquement, son mandat prend fin le 9 janvier. Mais dans la pratique, la tradition en Palestine veut que l’élection présidentielle ait lieu en même temps que les législatives dans un an. Dans l’intervalle il pourrait y avoir une sorte de vide institutionnel et de contestation. Mais le plus important, ce que nous expliquons dans le livre, c’est l’origine de ces deux Palestine, l’une nationaliste laïque, l’autre islamiste et ce qui les sépare aujourd’hui.
 
Certaines théories prétendent que les alliés du Hamas, la Syrie et l’Iran, le soutiennent moins qu’autrefois...
Je serai moins affirmatif. Bien sûr, les soutiens varient en fonction de la conjoncture politique. Et puis le Hamas fonctionne beaucoup grâce au soutien populaire. Les collectes de fonds continuent, d’autant plus que le Hamas affiche une image de martyr. Mais je ne crois pas qu’il faut compter sur un affaiblissement à court terme du soutien international. Et puis ne l’oublions pas, le Hamas a une direction bicéphale. Une direction politique à Gaza, mais aussi un leadership à l’extérieur qui, lui, est en contact avec le Hezbollah, avec l’Iran et la Syrie…
 
L’année 2009 a commencé par des attentats suicide en Irak, en Afghanistan, au Pakistan. Comment sortir des «impasses meurtrières»?

Le préalable le plus fondamental, c’est une justice. Et à tout le moins l’application du droit international, c’est-à-dire de résolutions votées à l’ONU qui concernent Israël et la Palestine et qui n’ont jamais été appliquées. Tant que le droit international est foulé aux pieds, on ne peut espérer une solution. Le week-end dernier encore, les Etats-Unis, fidèle allié, avaient mis leur veto à une condamnation d’Israël par le Conseil de sécurité. Dans ces conditions, on peut avoir des trêves, une baisse de la violence, mais à moyen et long termes, pas de paix durable. C’est pourquoi nous parlons «d’impasses meurtrières» justement. Les protagonistes sont dans l’impasse. La seule issue semble la violence. Le conflit perdure ainsi, se transmet de génération en génération et fabrique des radicaux.
 
Est-ce que l’entrée en fonctions de Barack Obama va changer quelque chose?

Sur le dossier israélo-palestinien, franchement, je ne le pense pas. Si l’administration Bush a appelé à «un cessez-le-feu immédiat» après l’annonce du tir sur une école de Gaza (qui aurait fait au moins 30 morts, ndlr), cet appel n’a pas grand sens à quelques jours du passage de témoin. Obama observe au contraire un silence prudent sur Gaza. Car la politique américaine a des fondamentaux, des lourdeurs aussi. Tout ne change pas avec un changement de président.

Vous avez accompagné le président Sarkozy au Proche-Orient les 5 et 6 janvier. Quels étaient ses objectifs?

Il a tenté de répéter son fameux coup de l’été 2008 où il avait réussi en un temps record à faire signer les Russes et les Géorgiens. L’idée était d’obtenir au moins un cessez-le-feu, une trêve ou un couloir humanitaire. Mais il faudra plus qu’une visite de Sarkozy pour que les combats s’arrêtent.
 
Comment expliquer le silence de la communauté internationale sur Gaza?

Les Américains sont en transition, les Européens n’ont jamais joué un rôle majeur au Proche-Orient, les Russes sont hors-jeu, les Arabes sont encore plus divisés, quant à l’ONU elle s’est montrée incapable de faire appliquer ses résolutions jusqu’ici. Dans ces conditions, Israël a tout loisir de donner libre cours à son offensive.
 
*«Orient-Occident, le choc? Les impasses meurtrières». De Christian Chesnot et Antoine Sfeir, Calmann-Lévy. Sortie le 21 janvier.




Tags: Christian Chesnot, Témoignage, Proche-Orient,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
Un tireur embusqué fait deux morts et sept blessés en Finlande
Une des victimes du jeune tireur. Keystone
Un homme embusqué sur un toit dans une ville de Finlande a ouvert le feu dans la nuit de vendredi...


ACTUALITÉ
 Edito. Obama aux abonnés absents
On l’attend comme le messie. Pendant sa campagne, il a souvent parlé du conflit israélo-palestinien. Et, maintenant, il se tait....
ACTUALITÉ
 Le testament d’un juste
Bernard Bertossa n’est pas un habitué des projecteurs. Mais, tout juste retraité, l’ancien procureur général du canton de Genève a...
ACTUALITÉ
 Actifs toxiques d’UBS: la bns ne paiera pas d’impôts
«Le train est parti et nous n’avons pas l’intention de revenir sans cesse sur le sujet. Nous avons trouvé la...
ACTUALITÉ
 Des banquiers suisses pris dans le filet madoff
Les tripatouillages du courtier américain Bernard Madoff, soupçonné d’avoir délesté sa clientèle de près de 50 milliards de dollars, n’en...
ACTUALITÉ
 Stratégie. Les leçons d'une guerre ratée
C’est peu dire si Tsahal, l’armée de l’Etat hébreu, a une place à part dans la politique, l’histoire et l’imaginaire...
ACTUALITÉ
 La Suisse parle au Hamas
«La Suisse est respectée par toutes les parties, elle a toutes les conditions pour jouer un rôle au Proche-Orient.» Mahmoud...
ACTUALITÉ
 Guerre de Gaza, Le martyre unit les palestiniens
Tandis que Gaza brûle, l’Université al-Quds de Jérusalem-Est est en ébullition. Dans le hall, des affiches: «Arrêtez de tuer les...
ACTUALITÉ
 50 ans et pas une ride!
Cinquante ans, cela se fête. Avec beaucoup de faste lorsqu’on s’appelle Barbie et qu’on est numéro un mondial des ventes...
ACTUALITÉ
 philosophie du bonheur
Le développement personnel est à la mode. Dans les rayons des librairies, les ouvrages sur l’épanouissement de soi sont de...
ACTUALITÉ
 Les sans-papiers sont toujours là
Cinq ans après la Suisse romande, les Suisses allemands découvrent le problème des sans-papiers. Quelque 150 d’entre eux ont occupé...
123