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TAPIS ROUGE POUR RICHES ÉTRANGERS

Mis en ligne le 14.05.2009 à 00:00

PLACE FINANCIÈRE. Le banquier Alexandre Zeller se prépare à une arrivée massive d’Européens fortunés, désireux d’échapper au fisc de leur pays. Faut-il faciliter leur venue?

L'Hebdo; 2009-05-14

TAPIS ROUGE POUR RICHES ÉTRANGERS

ROLAND ROSSIER

PLACE FINANCIÈRE.

Le banquier Alexandre Zeller se prépare à une arrivée massive d’Européens fortunés, désireux d’échapper au fisc de leur pays. Faut-il faciliter leur venue?

Il y a les banquiers qui se triturent les méninges en se demandant combien de temps durera encore le secret bancaire. Et puis, il y a Alexandre Zeller, CEO de HSBC Private Bank Suisse. Lui, il se prépare déjà activement à cette nouvelle ère, aux lendemains incertains, lorsque la Suisse financière devra se débrouiller avec un secret bancaire affaibli, ou sans secret bancaire, à cause des missiles étrangers qui sont lancés contre cette institution qui a contribué à la fortune du pays.

Le client va suivre sa fortune.

Au Forum des 100, il a tracé – à défaut de la voie – sa propre voie: Alexandre Zeller mise tout simplement sur l’arrivée massive en Suisse de riches fortunes, en premier lieu européennes. Pourquoi? Pour deux raisons: d’abord, parce que les Etats voisins, à court d’argent, vont augmenter les impôts et davantage taxer leurs riches, et que ceux-ci vont se demander où sauvegarder leur fortune. «C’est ce qui s’est déjà passé en Angleterre, et cela va suivre en Allemagne et en France», a prédit le banquier. Ensuite, seconde raison, parce que la collaboration entre places financières va s’accroître dans le domaine de la lutte contre l’évasion fiscale.

Donc, a-t-il poursuivi, «les clients qui, autrefois, restaient dans leur pays et plaçaient leur argent ailleurs, vont dorénavant suivre leur fortune». Alexandre Zeller s’attend à une «avalanche de demandes de clients étrangers», désireux de s’installer en Suisse. Les grands cabinets spécialisés dans ces délocalisations ne désempliraient pas.

«Nous constatons en effet un intérêt accru d’étrangers, en particulier de pays de l’Union européenne, pour venir se domicilier en Suisse. Un attrait important de notre pays est le régime de l’imposition selon la dépense, à savoir le forfait fiscal», confirme Bernard Vischer, associé chez Schellenberg Wittmer, avocats à Genève et Zurich. «Il faut savoir cependant que ces personnes comparent les impositions dans les différents pays qui entrent en ligne de compte en fonction de leur organisation de vie et que la Suisse n’est qu’une solution parmi d’autres, nuance Bernard Vischer. Notamment le Royaume-Uni, la Belgique, Monaco ou même l’ltalie offrent aussi des systèmes fiscaux intéressants pour les personnes fortunées qui n’exercent pas d’activité lucrative dans le pays.»

Philippe Kenel, qui délocalise une trentaine d’étrangers par an, admet que «des clients se demandent s’ils ne vont pas sauter le pas en raison du climat ambiant. Cela dit, ajoute cet avocat de Pully (VD), je ne cesse de leur répéter qu’une délocalisation ne s’entreprend pas uniquement pour des raisons fiscales ou juridiques. C’est surtout une aventure humaine.» Il faut tout quitter, faire son deuil de son pays d’origine ou de résidence, couper des liens sociaux, en renouer d’autres. Expert fiscal à Sion, Paul-André Roux calme le jeu: «Je ne constate pas plus de demandes que lors d’une période ordinaire. En 2008, 45 étrangers ont obtenu ce traitement fiscal en Valais.» Ses clients sont surtout des Anglo-Saxons, des Scandinaves, des Français et des personnes du Benelux.

Vive réaction.

Et comment nos voisins réagissent-ils aux propos d’Alexandre Zeller? Annie Genevard, maire de Morteau et conseillère régionale de Franche-Comté, également présente au Forum des 100, déclare: «Le discours de ce banquier m’a choquée. La Suisse est tout de même en Europe. Inciter les riches étrangers à quitter leur pays pour venir s’installer dans un pays voisin pour des raisons fiscales ne va pas contribuer à apaiser le climat politique entre la Suisse et ses voisins, croyez-moi!» Alexandre Zeller a l’immense mérite d’avoir ouvert le débat. Pardon: la boîte de Pandore.

ALEXANDRE ZELLER

«Les banques suisses ont un rôle crucial à jouer en devenant un centre de conseil privilégié pour structurer l’approche fiscale de nos clients internationaux.»

«Inciter les riches étrangers à quitter leur pays pour des raisons fiscales ne va pas apaiser le climat politique entre la Suisse et ses voisins.»

Annie Genevard, maire de Morteau

«Nous constatons en effet un intérêt accru d’étrangers, en particulier de pays de l’Union européenne, pour venir se domicilier en Suisse.»

Bernard Vischer, avocat à Genève

«Je ne cesse de répéter à mes clients qu’une délocalisation ne s’entreprend pas seulement pour des raisons fiscales ou juridiques.»

Philippe Kenel, avocat à Pully (VD)





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