C’est l’année de la biodiversité, mais le grand public ignore encore largement les enjeux qui la concernent. A l’occasion de la manifestation «NATURE» qui se déroule ce week-end à Bâle, le WWF dévoile une étude qui, pour la première fois, dresse un état des lieux de la situation en Suisse. Une étude qui résonne comme un cri d’alarme. «Notre style de vie est en train de mettre en péril les services que la nature nous offre. Il faut changer de paradigme en mettant fin à la gratuité des services écosystémiques et en intégrant leur coût dans les mécanismes du marché», déclare Walter Vetterli, responsable Alpes du WWF suisse.
Si la problématique du réchauffement climatique est désormais connue du grand public, celle de la crise de la biodiversité l’est beaucoup moins. La nature, soit les êtres vivants et les milieux naturels, fournit à l’homme une multitude de biens et de services que les spécialistes appellent les «services écosystémiques». Or, ceux-ci sont désormais en danger. Les récifs coralliens, qui hébergent entre 1 et 3 millions d’espèces vivantes, se dégradent. Les forêts tropicales, qui contribuent directement aux moyens d’existence de plus de 1 milliard de personnes, disparaissent au rythme de 36 terrains de football par seconde.
Centime outdoor. En Suisse, la situation est tout aussi préoccupante. Chaque seconde, l’urbanisation du pays bétonne 1 m2 de terrain. L’agriculture intensive détériore les sols en les compactant, favorisant ainsi leur érosion. La qualité de l’eau, qui provient souvent de sources souterraines, se dégrade. Dans 20% des cas, elle présente une teneur en produits phytosanitaires supérieure aux normes admises par la législation. Corollaire de cette perte de biodiversité: sur les 50 000 espèces d’animaux, plantes et champignons que compte la Suisse, la moitié est en danger.
Face à ce constat, le WWF estime qu’il est grand temps d’agir et de supprimer les incitations aux comportements qui dégradent l’environnement. Cela ne peut se faire qu’en introduisant de nouveaux instruments de compensation. Parmi les mesures envisagées, le WWF propose une taxe sur le bétonnage lors de la construction de nouveaux bâtiments. «Celle-ci permettrait de créer un fonds pour la renaturation de certains biotopes. Elle dissuaderait de bétonner le terrain tout en encourageant la densification de l’habitat dans les villes», note Walter Vetterli.
C’est une idée parmi beaucoup d’autres. Certaines sont déjà connues, comme la réforme fiscale écologique qui propose de taxer le sol et l’énergie plutôt que le travail. D’autres le sont moins: des paiements directs dans l’agriculture qui soient beaucoup plus ciblés qu’aujourd’hui sur la préservation de la biodiversité, une redevance sur l’eau en faveur de fonds cantonaux de renaturation, une taxe de séjour verte, voire un centime «outdoor» prélevé auprès des usagers d’activités en plein air.
Blocages politiques. Ces propositions risquent de buter sur leur faisabilité politique. Ainsi, le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR), par ailleurs directeur de l’Union suisse des paysans, estime qu’il sera «très difficile, voire impossible» d’introduire des taxes sur la biodiversité.
«Nous sommes sensibles à la problématique, nous les paysans qui mettons déjà 7 % de nos terres en surfaces de compensation écologique. On ne peut pas dire qu’on ne fait rien», relève Jacques Bourgeois. Il préside la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (CEATE). Elle se penche ces temps-ci sur l’initiative pour le paysage, qui veut lutter contre le bétonnage de la Suisse et geler la surface des réserves à bâtir durant vingt ans. «Cette initiative va trop loin, mais je me battrai pour un contre-projet.» Le président des Verts Ueli Leuenberger ne comprend pas l’argumentation de Jacques Bourgeois. «La majorité politique navigue malheureusement à courte vue. Sauver la biodiversité n’a aucune importance pour elle. C’est grave.»
«IL FAUT METTRE FIN À LA GRATUITÉ DES SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES.» Walter Vetterli, WWF Suisse
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