Pour aller au plus simple, de ce côté de l’Atlantique, on ne comprend rien à la country music. Vous dites George Strait et personne ne sait qui c’est (la preuve, vous non plus, pas vrai?): pourtant ce Texan vend plus de disques que Michael Jackson aux Etats-Unis et ça devrait vous en boucher un coin.
La country est perçue comme un truc de bouseux de Nashville, chantée par des Rednecks en chemise à carreaux (c’est souvent vrai). Il y a bien la tenue noire de Johnny Cash pour avoir convaincu le reste du monde, mais ce fut sur le tard. Comme lorsque le commandeur Bashung faisait de la country: il était de bon ton chez les branchés de croire que c’était du rock.
Il n’est ainsi pas étonnant que la déferlante Taylor Swift n’ait pas atteint l’Europe. Pourtant, cette gamine d’à peine 22 ans est l’artiste la plus téléchargée du monde. Oui: du monde. Elle a vendu 14 millions de CD en trois ans en Amérique, et 28 millions de ses titres ont été achetés sur le web. Son dernier album, Speak Now, est dans le Guinness Book. Jamais un disque n’avait autant été téléchargé, aussi vite: 1 million de copies la première semaine.
Le magazine Forbes a classé la blonde 12e personnalité planétaire au sein du show-business. Et pour Billboard, bible musicale américaine, elle est carrément la personnalité de l’année 2011: jamais une fille si jeune n’avait obtenu ce titre. Je vous épargne sa collection de Grammys (les oscars du disque) et le reste. Là, vous commencez à vous demander si vous ne devriez pas connaître Taylor Swift.
Vous l’avez cependant entraperçue dans Valentine’s Day, comédie romantique sortie l’an dernier. Elle y campait un petit rôle désopilant et so cute de pom-pom girl, amoureuse d’un jeunot sportif joué par le beau Taylor «Twilight» Lautner. La voir s’inquiéter pour lui, au moment où il se casse la figure en sautant des haies («T’es hot quand même, bébé, t’es hot quand même!») fut aussi un hilarant exemple de l’autodérision dont cette fille est capable.
Oie blanche. Parce que ses chansons (3 albums depuis 2006, un live qui vient de sortir) ne parlent que de ça: l’amour, les ruptures, les trahisons. Le tout sur un mode très souvent autobiographique. Depuis ses 14 ans, elle compose et écrit à peu près tout elle-même, ce qui n’est pas si banal, et dénote une précocité assez incroyable, pouvant laisser augurer que le meilleur reste à venir.
Car Taylor Swift est mignonne, elle n’a pas eu trop de drames dans sa vie à part de plaquer ou d’être plaquée par des mouflets boutonneux (en général, elle en fait aussitôt une chanson). Elle dégage une fraîcheur qui pourrait dès lors être perçue comme de la niaiserie sucrée chantonnée par une oie trop blanche.
Il faut cependant passer cette première impression pour se laisser charmer par son vrai sens de la mélodie, une jolie voix, un talent réel pour ce que la country, même ici colorée pop, a de meilleur: une façon de raconter des histoires simples et directes, touchant au coeur.
Elle a du caractère aussi. En septembre 2009, elle est venue sur scène lors des MTV Video Music Awards américains, recevant la récompense de la meilleure vidéo féminine de l’année. Soudain, elle fut interrompue dans ses remerciements par le rapeur Kanye West, déclarant que le clip de Beyoncé était bien meilleur.
Taylor en resta muette, l’affaire fit scandale («Kanye West est un crétin», dixit le perspicace Barack Obama). Quelque temps plus tard, manière d’excuses, West lui proposa une chanson. Elle lui fit répondre qu’il pouvait «se la mettre où je pense». Taylor Swift est décidement trop cute. Et si l’Europe succombait en 2012?
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