Au commencement, Tchô! était à géométrie variable. Plié, il tenait dans la poche. Déplié, il ouvrait une aile constellée de petits miquets bigarrés en mégaposter recto verso. Les marges des premiers numéros sont encore assez blanches: Zep et Buche, bientôt rejoints par Tébo (Samson et Néon) et Téhem (Malika Secouss), se trouvaient bien seuls pour tout remplir.
Et puis, ce journal assorti d’un gadget et vendu dans un sachet de cellophane, comme du réglisse, s’est métamorphosé en magazine classique sur papier glacé avec extension internet ( www.tcho.fr). Mais son esprit n’a pas changé. Le seul mot d’ordre adressé à cette bande rassemblée sous la bannière de l’humour et la banane de Titeuf est de «parler aux enfants. Il n’y a pas d’école Tchô!, mais un feeling commun, une affinité d’esprit», estime Julien Neel (Lou). Pour Zep, Tchô! c’est «un laboratoire et une pépinière. Les gens développent leurs styles sous serre et le confrontent aux autres.» Les jeunes lecteurs plébiscitent Captain Biceps de Zep et Tébo, Franky Snow de Buche, Tony & Alberto de Dab’s, les Zblu Cops de Bill & Gobi...
Au sein de Tchô!, deux tendances graphiques s’affrontent dans la bonne humeur: l’école franco-belge dont se réclament les anciens, Zep et Buche, contre les comics et les mangas dont se sont nourris leurs cadets. Mais tous aiment déconner et goûtent à l’absurde gotlibien. Lorsque les quadragénaires s’étonnent de leur graphisme, Bill & Gobi leur rétorquent simplement: «Vous êtes trop vieux.»
Toujours jeune. Pour célébrer les dix ans de Tchô!, la Villa Bernasconi retrace l’histoire du journal et présente cette communauté d’une trentaine d’auteurs. Par couple, les dessinateurs ont investi les pièces, proposant une dizaine de dessins originaux chacun, d’une «qualité muséale», apprécie Zep.
Parce que les temps changent. Photo shop© a quelque peu invalidé la notion d’épure. On peut dessiner une tête à côté du corps, puis faire le montage à l’ordinateur. Il est révolu le temps où «un dessinateur passait deux semaines à trouver une idée pour illustrer l’indice Nikkei, rigole Zep. Quand je faisais une couverture pour L’Hebdo, c’est ma vie que je jouais.» Les générations montantes se désintéressent de ce genre de défi. Les jeunes turcs ont tous un blog pour «jeter aux yeux du monde ce qu’ils font». L’exemple le plus flagrant de cette nouvelle approche, c’est Boulet ( www.bouletcorp.com/blog), star mondiale de la blogosphère, dont les albums (Raghnarok) peinent à se vendre.
En attendant que le support papier disparaisse, que Tchô! rejoigne Pilote et Pif au rayon des souvenirs colorés, l’exposition genevoise témoigne à point nommé de l’énergie créatrice d’une équipe soudée, joyeuse et encore juvénile.
À VOIR Grand-Lancy. Villa Bernasconi. Du 21 février au 19 avril, ma à di, 14 à 18 h. Dédicace avec Zep, Buche, Xavier, Tébo, Téhem, Kazer Dolemite: sa 21, 15 h.
Tchô! Le numéro 1, petit format dépliable, et le numéro 120 (en vente dans tous les kiosques). Une constance: l’humour.
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