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Les candidats réclament un salaire |
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Doit-on être payé pour draguer des garçons? La justice française se pose la question. De Pékin Express à Koh Lanta, 120 candidats d’émissions de téléréalité et leur avocat Jeremy Assous se battent auprès des prud’hommes pour que leur présence dans les programmes soit requalifiée en contrat de travail. S’ils gagnent, la real tv en serait durablement bouleversée. Côté suisse, la TSR dit ne pas craindre ce genre de revendications. Les candidats signent un contrat de participation. Et s’ils reçoivent de l’argent, c’est un dédommagement des frais engendrés par le tournage. |
Un, deux, trois, cent chiens. Ce samedi 21 mars, le Centre de congrès de Lausanne ressemble à une immense animalerie, odeur comprise. Dans la salle du hall 15, les labradors frétillent, les caniches mordillent. Beaulieu abrite le tournage d’Entre chien et chat, un programme de la TSR qui sera diffusé tous les lundis à partir du 15 juin pendant dix semaines d’affilée. Dans cette Nouvelle star version canine inspirée du précédent Georgette et ses potes, un jury de people (le dessinateur Barrigue, la présentatrice Ilham et l’animateur Enzo) est chargé d’élire le chien et le chat les plus «sympathiques» parmi plusieurs centaines d’aspirants. Dans la foule, une assistante de la chaîne hurle en vain: «Paaaco! Où est Paco?» Les candidats, qui viennent de toute la Suisse romande, font rouler Médor par terre. Les neuf caméras traquent les maîtres stressés, les boules de poils les plus charismatiques. Le suspense sera créé de toutes pièces au montage: il faut plaire aux téléspectateurs. «L’émission n’existe pas ailleurs. On est très impatients de voir ce que cela va donner», dit Emile Felber, chef de production.
C’est que, en matière de téléréalité, la TSR n’a pas eu que des bonnes idées. Six ans après la diffusion du Mayen 1903, plongée historique dans la Suisse rurale du siècle dernier qui attirait 260000 Romands tous les vendredis soir, la chaîne n’a jamais réussi à plaire au public de manière unanime. Les tentatives n’ont certes pas manqué, ce genre télévisuel étant devenu incontournable.
Bon départ. Elle s’est ainsi intéressée au sort des cancres du volant (Y’a pas pire conducteur, 2004), sujet polémique. Puis à celui des retraités (Super seniors, 2005). Il y a eu des jeunes avocats en formation (L’étude, 2006); des génies du petit écran (Les petits animateurs, TSR2, 2008). Et aussi des employés qui chantent (La Singing compagnie, 2008). Certains formats ont fait de beaux scores d’audience comme Super seniors et ses 190000 téléspectateurs. D’autres ont échoué, à l’image de La Singing compagnie, qui n’a récolté que 88000 spectateurs, soit 17% de part d’audience. Mais aucun n’a réussi à soulever l’engouement populaire du mayen. Où est donc passée la téléréalité à la Suisse?
Quand elle se lance dans l’aventure de la real tv, en 2003, la TSR a pourtant tout juste. Pas question de miser sur les programmes internationaux comme Big Brother: les chaînes françaises se chargeront du polémique et du sexy. «La TSR ne veut pas se frotter à plus gros qu’elle», pense Gianni Haver, historien des médias et sociologue de l’image. Avec Le mayen 1903, elle parvient à trouver une alternative. Ce programme modèle est bien étiqueté «téléréalité»: il montre la vie d’une famille au quotidien. Mais il fait surtout appel à l’identité suisse et à ses valeurs les plus fédératrices – l’entraide, la simplicité. «Le mayen est une forme de “Suissitude”, décrypte Laurence Kaufmann, sociologue des médias à l’Université de Lausanne. Cette émission procède à une forme d’héroïsation qui n’est pas individuelle, mais collective.»
Avec Le Mayen, la TSR trouve son credo: une téléréalité locale et antitrash. Thierry K Ventouras, responsable des variétés et jeux à la TSR, partage ce point de vue. «En tant que média de service public, on ne peut pas faire n’importe quoi, insiste-t-il. Nous avons une éthique. Nous ne voulons pas nous moquer des personnes, mais leur renvoyer une image positive. La télévision peut être dangereuse. Nous devons jouer les garde-fous.» Cette ligne a bien été respectée avec Le mayen. Mais quid des autres programmes? Y’a pas pire conducteur, par exemple, mettait en avant le clownesque des pilotes du dimanche au moyen d’un scénario acrobatique. Ce concept bas de gamme était-il bien conforme à l’esprit TSR?
Une télé populaire. Sur M6, la Nouvelle star en est à sa septième édition, preuve que les chaînes étrangères n’hésitent pas à répéter un format qui marche. Pourquoi ne pas avoir tourné une deuxième édition du Mayen? Béatrice Barton, journaliste, animatrice et productrice du Mayen 1903: «En 2004, nous nous sommes effectivement posé la question. Cela n’aurait pas été intéressant de le refaire de la même manière. Je pensais garder le concept en changeant de cadre, par exemple dans une entreprise sinistrée. Et puis finalement, cela ne s’est pas fait.»
Mille candidats. Après s’être dispersée, la TSR souhaite pourtant revenir à ses vieilles amours: une téléréalité populaire et typiquement romande. Avec Entre chien et chat, elle ne prend aucun risque. Le casting a attiré plus de 1000 candidatures. L’émission plaira au public cible de la chaîne. Gianni Haver: «Je vois mal un jeune de 16 ans courir chez lui pour ne pas manquer Entre chien et chat. La TSR a le public qu’elle a, elle doit le garder. Cette émission, je pense, vise des spectateurs un peu âgés.»
Mais c’est une autre idée qui risque de rendre à la TSR ses lauriers en matière de téléréalité. Gilles Marchand a demandé à Béatrice Barton d’imaginer un concept dans l’esprit du Mayen. Aussitôt dit, aussitôt fait: la prêtresse du divertissement va tourner Un dîner à la ferme, programme situé entre Un dîner presque parfait (M6) et Landfrauenküche (SF1). Le concept du show? Sept exploitants agricoles – chacun provenant d’un canton différent de Suisse romande – s’invitent à tour de rôle en concoctant un menu de leur terroir. A la fin, le meilleur cuisinier l’emporte. Sur M6, l’émission fait un carton. La version romande semble aussi prometteuse. L’émission sera diffusée cet été les vendredis soir en prime time. «Si ça marche, on pourrait étendre à d’autres catégories socioprofessionnelles», affirme Béatrice Barton. Et développer dans la durée une téléréalité couleur locale.
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