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The Economist. Libre choix de l’école: le modèle suédois

Par Olivier Toublan - Mis en ligne le 26.06.2008 à 00:00

Une fois le libre choix accordé, que se passe-t-il? Les écoles privées suédoises ont résolu la quadrature du cercle: offrir un bon enseignement, tout en gagnant de l’argent.

Le débat sur le libre choix de l’école fait rage en Suisse (lire L’Hebdo du 12 juin). Le combat est, pour l’instant, essentiellement idéologique et, surtout, très théorique. Car imaginons un instant que le libre choix soit accordé: que va-t-il ensuite se passer, concrètement? Comment seront les écoles privées pour les élèves qui ne veulent plus fréquenter les établissements publics? Le modèle suédois, analysé par l’hebdomadaire The Economist, est riche d’enseignements.

Dix pour cent d’élèves dans le privé. En Suède, le libre choix est effectif depuis 1994 et environ 10% des élèves fréquentent désormais le privé. Pour chaque élève, une école touche entre 9000 et 13 000 francs (on est donc proche du coût moyen d’un élève suisse, qui est de 11 752 francs dans le primaire). Les critères d’accueil des élèves sont simples: les premiers arrivés sont les premiers servis et il n’y a ni contrainte religieuse ni examen d’entrée.
Au moment du vote de la loi, explique The Economist, les politiciens avaient pensé que la majorité des écoles privées seraient des écoles internationales favorisant les études en langues étrangères. Personne n’avait pensé que des établissements offrant le même enseignement que le public auraient leur place. C’est pourtant ce qui est arrivé. Il existe désormais de véritables groupes d’écoles indépendantes, dont la plus importante, Kunskapsskolan emploie près de 700 personnes dans 30 établissements et enseigne à 10 000 élèves.

Travail individuel. La méthode d’enseignement est simple: toute la matière à étudier est disponible sur l’internet et les élèves se prennent beaucoup en charge. Chaque semaine, ils analysent avec un professeur les progrès réalisés et fixent en commun les prochains buts et un calendrier d’études. Pour les atteindre, les heures de classe sont bien entendu indispensables, mais l’école insiste aussi beaucoup sur le travail en petits groupes, qui permet à chaque élève d’évoluer à son propre rythme et de passer plus ou moins de temps sur chaque sujet, selon ses forces et ses faiblesses. Une fois qu’un certain nombre de crédits sont obtenus, la matière est considérée comme maîtrisée et on passe à autre chose. «Notre but est d’apprendre aux élèves à se fixer leurs propres objectifs, explique un professeur. Chaque année, quelques-uns échouent, mais, pour la grande majorité, tout se passe bien.»

Des écoles rentables. Ces écoles étant privées, elles se doivent aussi d’être rentables. Kunskapsskolan réalise un chiffre d’affaires avoisinant les 11 millions de francs pour un bénéfice d’un peu plus de 120 000 francs.
Pour y arriver, pas de dépenses inutiles. Les installations de sport, par exemple, sont louées à la ville quelques heures par semaine, ce qui coûte moins cher que d’avoir les siennes propres, explique The Economist. Les professeurs, en outre, n’ont que sept semaines de vacances. Durant la période scolaire, ils consacrent tout leur temps aux élèves et, pendant une partie des vacances des écoliers, ils remettent à jour leur cours sur le site internet de l’école.
Les parents, quant à eux, apprécient le système de contrôle: ils reçoivent chaque semaine un compte-rendu du progrès de leur enfant et peuvent suivre sur le net les matière étudiées.
Les résultats des professeurs sont aussi étroitement contrôlés, pour déterminer qui sont les meilleurs, soit comme professeurs traditionnels, soit comme tuteurs personnels. Ceux qui ont le plus de succès touchent un bonus et les meilleurs reçoivent une augmentation s’ils sont d’accord de rejoindre un établissement moins performant.

Dix pour cent d’élèves dans le privé. Quel est l’avenir de ce modèle? Les réformes et le libre choix de l’école sont populaires auprès des parents, assure The Economist, mais nettement moins auprès des politiques. Ils n’apprécient guère le fait que ces écoles privées soient rentables, donc fassent de l’argent sur le dos des contribuables. Un changement des règles sur ce point est possible.
Ce qui n’effraie guère le directeur de l’Association des écoles indépendantes suédoises. Le cas échéant, explique-t-il à The Economist, les établissements se scinderont en deux: une partie à but non lucratif se limitera à l’enseignement obligatoire, une autre, à but lucratif, fournira des cours d’appoint, du matériel d’étude et des conseils aux parents.
Le succès d’une école comme Kunskapsskolan est tel qu’il est sur le point de s’exporter. Le Gouvernement anglais vient de lui demander d’ouvrir deux «académies» indépendantes à Londres, financées par l’Etat mais gérée sans l’intervention de ce dernier.




Tags: école, modèle suédois, élèves, parents,

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