Satire Dans la dramaturgie hitchcockienne, le MacGuffin est un élément qui relance l’intrigue. The Limits of Control fait un usage intensif de ce gadget scénaristique. En fait, tout le film n’est qu’un énorme MacGuffin à l’huile d’olive.
Solitaire (Isaach de Bankolé, minéral) part pour une mission en Espagne. A l’aéroport, ses contacts s’expriment par code et lui confient une boîte d’allumettes. A la terrasse des cafés, l’agent secret rencontre des hommes, des femmes. Certains portent un chapeau, d’autres non. Ils échangent quelques banalités sur la vie et des boîtes d’allumettes. Il semble aussi qu’un tableau dans un musée puisse influer sur la réalité. Une guitare peinte va conduire à un concert de flamenco, un nu à une fille habillée de ses seules lunettes.
Le film, que le réalisateur compare à un hypothétique remake du Point Blank de John Boorman tourné par Jacques Rivette, accroche en exergue une citation du Bateau ivre, métaphore du dérèglement des sens. Le titre renvoie à un texte de Burroughs sur le langage, principal instrument du pouvoir. Dans ce pastiche du thriller d’espionnage, on consomme Coffee and Cigarettes. Le héros est un prédateur aussi cool que Ghost Dog, la mort marche à ses côtés, façon Dead Man, une mélancolie diffuse flotte dans l’air, suave comme le parfum des Broken Flowers. La quintessence de l’art jarmushien.
Dans la sierra se dresse une maison de béton surveillée par une trentaine de gardes armés. S’introduire dans ce blockhaus, c’est mission impossible. Pourtant, Solitaire y arrive. A la question «Comment êtes-vous entré?», il répond: «Je me suis servi de mon imagination.» C’est ce que Jarmusch souhaite au spectateur. Et aussi de réfléchir à ce proverbe: «Celui qui se croit plus grand que les autres doit aller au cimetière.»