Ce sont des cris et des rires. Des phrases sans queue ni tête, des appels au secours hystériques, des poèmes troublants et révoltés, des chants d’amour étranges, entre enfantillage et pertinence saisissante. Les écrits bruts, ce sont ces textes couchés sur le papier par des personnes internées dans des hôpitaux psychiatriques.
Des écrits de fous que depuis plusieurs années, on voit apparaître ici ou là via de nombreuses créations théâtrales ayant choisi de prendre pour partition ces textes marqués par la différence. On pense entre autres au magnifique spectacle de Geneviève Pasquier, A ma personnagité, ou encore au monologue fracassant d’Anne Benoît, Mademoiselle dite chien sale.
Aujourd’hui, c’est le jeune artiste et poète romand Jonathan Dumani, plus connu sous le nom de Abstral Compost, qui emmène un collectif de 14 personnes – lecteurs et musiciens – dans cette nouvelle «mise en espace» de cette parole autre, puisée dans les Ecrits bruts rassemblés en 1979 par l’ancien directeur de la collection de l’Art Brut à Lausanne Michel Thévoz.
Il s’agira cette fois d’une version toute en improvisations, pour rester le mieux fidèle à cette écriture spontanée, urgente et désinvolte à la fois. Pour laisser également la porte ouverte à «tous les possibles». Comme un élément d’incertitude en écho à ces vies fragilisées.
S’inscrivant autant dans le mouvement du rap, du slam que de la poésie vivante, Jonathan Dumani parle avant tout de la «musicalité fantastique» de ces textes, de leur «richesse sonore et linguistique».
Mais aussi de la nécessité de faire revivre ces mots et leur message: la rupture, la révolte, le jugement, l’enfermement, comme autant de facettes de notre réalité à nous, ceux qui jugeons, ceux qui enfermons.
Avec leur langue répétitive, malmenée, claudicante, ces cris de l’âme, dévoilent, dans leur tohubohu, des élans de lucidité à en faire trembler nos certitudes. Ou quand le théâtre fait tomber le masque.v
Kabak: écrits bruts. Lausanne, Théâtre 2.21. Je 3 février, 21 h. Rés. 021 311 65 14. Neuchâtel, Galerie YD. Ve 4 février, 20 h 30.
Tags: Kabak : écrits bruts,
|