L'Hebdo;
1997-11-13 Ecole primaire neuchâteloise Thierry Béguin durcit la note
Premier acte d'autorité, le conseiller d'Etat a durci les conditions de promotion en fin de 3e et 5e année. Avec des taux d'échec qui pourraient quadrupler.
C'est un banal coup de plume, deux petites phrases noyées dans les cinq pages du projet d'arrêté, qui ont déclenché la fronde. Il s'agissait de généraliser à toute l'école primaire neuchâteloise la suppression des notes et des moyennes. Un dossier plutôt technique, qui fait l'unanimité parmi les enseignants et que tous les cantons romands assurent vouloir concrétiser depuis plusieurs années. Mais voilà, le nouveau patron de l'Instruction publique du canton de Neuchâtel, le radical Thierry Béguin, n'a pas manqué l'occasion d'imposer sa marque. Aux mollesses supposées de l'évaluation dite «formative», ce rigoriste a donné une touche de sévérité. Et d'un document purement technique, il a fait un dossier ardemment politique.
Ses deux coups de plume visaient à durcir les conditions de promotion à la fin des 3e et 5e années primaires. D'une part il ajoute un article qui institue des «épreuves d'évaluation cantonales», d'autre part il bloque, en maths et en français, les exigences du programme et supprime la traditionnelle notion de compensation. «C'est très rigide: un élève ne peut plus compenser une faiblesse dans une branche par son excellence dans une autre branche», explique Jean Martin, directeur des écoles primaires de Neuchâtel. Transposée sur les volées des années dernières, cette exigence pourrait avoir des effets ravageurs: Jean Martin a calculé que dans sa ville et pour la fin de la 5e année primaire, cela ferait passer le taux d'échec scolaire de 2,5% à 10%. Quatre fois plus!
Il n'en fallait pas plus pour soulever un vent de fronde. Modifié pendant les vacances et publié le 10 septembre dans la Feuille officielle sans consultation préalable, l'arrêté du Conseil d'Etat a semé le trouble. Septembre, c'est la période des visites de classe et les instituteurs ne savaient plus quoi répondre aux questions des parents. Dans les trois villes du canton, les réunions d'enseignants tournaient à la stupéfaction, certains s'indignaient d'un «règlement rétrograde» et les directeurs des trois principaux établissements coordonnaient leurs actions. Résultat: la semaine dernière, les commissions scolaires de Neuchâtel et du Locle ont pris position contre les deux mesures contestées du nouvel arrêté et décidé de le faire savoir au Conseil d'Etat. La commission chaux-de-fonnière doit quant à elle se réunir ces prochains jours.
C'est dans ce contexte que Thierry Béguin a réuni, lundi dernier, une séance avec les trois directeurs concernés. Et après avoir fait preuve de sa capacité de fermeté, il a déployé ses talents de diplomate. Le point de l'épreuve cantonale est désamorcé: réservé aux seuls élèves dont la promotion est incertaine, c'est uniquement l'officialisation d'une pratique déjà existante, assure Thierry Béguin. «Ce n'est pas ce qui est écrit dans le nouvel arrêté, sourit un enseignant, mais l'interprétation qu'en donne le chef du département nous satisfait pleinement.» En revanche, les exigences minimales en maths et en français, sans compensation, sont maintenues. «Je n'ai pas eu l'impression de buter contre un mur, nuance pourtant le directeur de l'école primaire du Locle, Pierre-André Pelichet. Nous restons en désaccord, mais il semble qu'une ouverture reste possible si nous apportons la preuve, à terme, que le nouvel arrêté est problématique.»
En quelques jours, Thierry Béguin semble avoir réussi à désamorcer la crise, une circulaire doit d'ailleurs être envoyée ces prochains jours aux enseignants. Reste la portée politique du nouvel arrêté: «Il a été durci par rapport à la version de ce printemps, reconnaît le chef du Service de l'enseignement primaire, Claude Zweiacker, c'est une décision politique du Conseil d'Etat, qui va certainement demander un effort plus grand de la part des enseignants et de certains élèves.» «Notre inquiétude est que cet arrêté mette en situation d'échec une partie déjà fragile de la population scolaire, réplique Pierre-André Pelichet. Pour certains enfants, un redoublement d'année est une bonne solution. Pour d'autres, ce n'est qu'une année perdue, un échec improductif.» C'est bien le coeur du problème, la pierre de touche du pari politique lancé par Thierry Béguin. Les taux d'échec calculés par Jean Martin sont jugés peu vraisemblables dans l'administration, mais il est certain que les résultats de juin prochain seront sous très étroite surveillance.
Alain Rebetez
Diplomate
Après avoir suscité une fronde chez les enseignants, le conseiller d'Etat a réussi à calmer les esprits. Mais les désaccords demeurent.
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